Le Mozambique comme vous ne l’avez jamais vu !

L’Arc a programmé mardi dernier "Maputo Mozambique" un spectacle d’ « arts mêlés », la photo m’ayant intriguée, j’ai voulu voir de plus près ces jongleurs jouant avec la musicalité des balles de jonglage.

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Jongleurs ou chanteurs ?

La première scène nous fait découvrir les 6 artistes au chant, ils commencent en douceur, nous laisse le temps de nous laisser porter dans leur univers. Ils commencent à jongler tranquillement, avec une balle, puis deux en les intégrant dans une chorégraphie toute simple. La scène traîne un peu en longueur, monte très lentement en intensité puis redescend, on attend de voir la suite...

Un des moments les plus prenants du spectacle est lorsqu’ils jouent avec les balles de jonglage sur leurs tambours. Au début ils jettent les balles sur les tambours de manière assez chaotique, ils nous montrent le principe de cette technique, puis ça devient enfin audible, joli et entraînant. On remarque les artistes qui sont plus à l’aise au chant et ceux qui sont plus à l’aise avec les balles de jonglage.

La balle du jongleur est la continuité de son corps, ou pas...

C’est rigolo d’observer les différentes façons de jongler. Quand l’un jette les balles sur les tambours, l’autre donne l’impression de presser des citrons si fort qu’ils atterrissent sur le tambour, l’artiste d’à-côté les manipulent si vite et de manière si fluide qu’on dirait que les balles et lui ne forment qu’un. Et il y a aussi celui dont les balles finissent dans ses mains grâce aux rebonds sur le tambour et non l’inverse ! C’était un véritable tableau des différentes manières de jongler qui nous a été présenté. On arrive à identifier les artistes qui sont très à l’aise avec les balles et d’autres pour qui on craint la chute. L’art de jongler est aussi l’art d’échouer. Certains artistes parviennent à intégrer la chute dans leur numéro, l’échec ne casse pas la magie mais est un élément qui a été prévu et qui a sa place dans le spectacle. Ici l’échec ne fait pas partie du spectacle mais des techniques ont été pensées pour minimiser l’incident. L’échec est visible et le fait qu’il casse le rythme est un tantinet perceptible mais heureusement il y a l’artiste de gauche qui redonne vite fait sa balle à l’artiste qui a perdu la sienne, ça se voit mais show must go on !

Le complexe du beat boxer amateur

Le point fort du spectacle est réellement le chant, ils sont tous très bons. Les chansons qui ont été composées par deux des artistes présents sur scène font fortement penser à des chants africains traditionnelles, en même temps c’est le thème du spectacle : « Ce nouveau projet, créé avec six artistes mozambicains, évoque les enjeux de certains rites et pratiques artistiques africains, et plus particulièrement mozambicains. ». On n’est pas dans le cliché, ils nous transmettent certaines de leurs pratiques, nous font rêver avec des techniques que, personnellement, je ne connaissais pas. Comme par exemple leur façon de faire des sons de percussions avec la bouche sans le côté « prouesse » du beat box. Ils ne font pas des sons que le commun des mortels est incapable de faire, et ce n’est pas ridicule pour autant, mais bel et bien entraînant.

Un peu de douceur dans ce monde de bruts

La scène la plus poétique est lorsqu’ils commencent à jongler avec des sacs plastiques orange. Cette technique, d’une simplicité déconcertante, est étonnamment poétique et visuellement saisissante.

Alors que les spectacles occidentaux nous ont habitués à finir sur une sorte d’apothéose, avec un rythme à son paroxysme par exemple, ou une prouesse encore plus spectaculaire que toutes les autres, ici ils finissent sur une note de douceur, de poésie et ça fait du bien de voir un spectacle qui a d’autres codes.

Maputo Mozambique ou Le chant du jongleur

Le fait que la scène du théâtre de Rezé soit dépourvue de décor n’est pas un problème en soi, au contraire, mais les tenues des artistes tous vêtus d’un marcel blanc et d’un jogging noir (Decathlon il me semble) ainsi que le « titre » du spectacle qui fait davantage penser à l’absence de titre me dérangent un peu, je trouve que le spectacle en lui-même mériterait un vrai titre et des tenues davantage recherchées, car malgré quelques balles pas rattrapées et quelques longueurs, les 6 artistes nous ont éblouis en toute simplicité et surtout ils nous ont transmis leur bonne humeur.

Noémie