Le Pannonica, terre d’accueil du jazz

Le Pannonica, terre d’accueil et de plaisir…

PNG - 16.3 ko

Depuis l’automne 1994, l’association Nantes Jazz Action (Naja) gère le Pannonica, cette scène jazz reconnue au fil des saisons tant à l’échelle locale, nationale, qu’internationale. A ce jour, plusieurs milliers d’artistes sont venus se produire dans cette petite salle (140 places assises), ce petit cocon en dehors du temps, ce vrai « bar de jazz ». Quiconque s’étant déjà rendu dans cette salle partagera avec moi le souhait de la voir animer de longues années encore.

La musique jazz fait trop souvent peur aux néophytes qui peuvent avoir le sentiment qu’un bon bagage musical et technique est nécessaire pour l’apprécier et la comprendre. Le jazz n’est pas qu’intellectuel, technique ou engagé, c’est aussi une émotion et un langage, que des événements comme le Festival Les rendez-vous de l’Erdre rendent accessible.
Si comme moi vous aimez picorer du jazz, je vous donne rendez-vous au Pannonica pour des moments de plaisir intenses située sous la salle Paul Fort, placeTalensac à Nantes.

… pas uniquement réservée aux « auditeurs professionnels » de jazz

Personnellement, j’adore la musique mais je ne connais pas grand-chose au jazz. Malgré cela, toutes les fois où je me suis rendu au Pannonica, pour assister à des concerts de groupes dont je ne connaissais pas l’existence, j’en suis revenu ravi et impatient de mon prochain passage dans cette salle sans nul autre pareil. Connaisseur vous l’aurez compris, allez-y, retournez-y ! Et vous pour qui le jazz peut paraitre parfois hermétique et complexe, je vous invite à faire de même, sous réserve de curiosité et d’ouverture d’esprit, le plaisir que vous prendrez dans cette salle ira crescendo.
Ce mercredi 14 octobre, je ne connais ni Petite vengeance, ni Anne Paceo, et encore moins les nombreuses références illustres citées pour présenter les différents artistes présents et pourtant soir ne fera pas exception à cette règle.

Passer les premières barrières, la liberté est proche…

PNG - 239 ko

Pour le non connaisseur que je suis, presque chaque début de concerts de jazz me fait ressentir les mêmes choses et franchir, successivement, certaines barrières psychologiques. Ainsi, à mes yeux, les premières minutes de la prestation du groupe Petite vengeance peuvent frôler l’inintéressant voire le ridicule : quelques sons et notes sont lâchées ci et là, certains débuts de montée ne trouvent pas l’explosion que j’attends, et, sitôt un thème musical installé, vous passez au suivant. Et pourtant… passer ces premières minutes, je glisse petit à petit de cet état d’esprit de d’ironie et de frustration vers le constat d’un profond respect pour la technicité développée par les deux musiciens, couplé avec une émotion et un sentiment de lâcher prise vraiment intense.

PNG - 211.5 ko

Par la suite, les morceaux se succèdent et renforcent, les uns après les autres, ce sentiment de plaisir et d’admiration suscité par Petite vengeance. Avec ce groupe et cette musique la liberté prend différentes formes. La première expression de cette liberté est musicale. Le saxophone et la batterie inondent la salle d’ambiances, de ré-interprétations et de clins d’œil tantôt teintés western, sur un thème d’Ornette Coleman (Lonely Woman), tantôt hawaïennes lorsque le groupe rend hommage à la chanteuse Ana Gabriel avec une version slow de sa chanson Adios mi chapparrita. La seconde expression de cette liberté débordante transparait à travers le jeu (mélange de techniques variés, chant à travers le saxophone…) et les corps des deux interprètes qui vivent pleinement ce moment et s’étirent, se tendent, dansent et convulsent sous la musique. Fin du premier concert, c’était vraiment génial, dommage que l’album des deux compères ne soit plus disponibles ce soir mais nous nous disons Adios y hasta pronto  !

… l’introspection et l’hypnose aussi

Après une courte pause, rentre en scène Anne Paceo avec ses 3 acolytes. Tous les 4 furent impressionnants de technicité, d’émotion et de présence scénique.
Cette nouvelle formation - la dernière en date de mademoiselle Paceo, cette jolie jeune femme née en 1984 et dont la biographie fait tourner la tête de voyages et de récompenses - vogue entre jazz, soul, funk et trip-hop pour un résultat hypnotique, unique et marquant.

PNG - 79.2 ko

Hypnotique notamment grâce à la présence de la brillante, et étonnante, Leila Martial au chant jouissant d’une liberté vocale dont on se demande si elle a des limites (interjections, marmonnements, cris stridents, bruits de succion, gazouillements d’enfants…). Entre deux « sons », la chanteuse, en réponse au saxophone et dans une ambiance portée par la batterie, libère sa voix pour chanter en anglais et dans d’autres langues dont on ne sait pas trop si elles sont inspirées de l’arabe ou inventées pour l’occasion. Le résultat apporte une force hors du commun.

PNG - 282.7 ko

Certains moments ou morceaux, dont l’excellent nuits polaires, font penser à Beth Gibbons, la chanteuse du groupe Portishead dont on peut penser que Leila Martial, apprécie, tout comme moi, le répertoire et la voix.
Les morceaux du groupe amènent à entrer en introspection tant ils nous hypnotisent, parlent à notre conscience et nous font oublier nos nombreux voisins dans cette salle pourtant comble. Par moment, plusieurs secondes sont nécessaires pour « redescendre », reprendre son rôle de spectateur, et exprimer son plaisir par des applaudissements et félicitations, une fois la dernière note éteinte.
Des félicitations et du soutien, le groupe d’Anne Paceo en a eu à de nombreuses reprises, tant et si bien que deux rappels furent nécessaires pour épancher la soif du public.
Depuis la prestation de ce second groupe, je guette régulièrement les prochaines apparitions de la très douée, amusante et pétillante Anne Paceo et il me tarde de voir l’album Circles sortir en janvier prochain. Je vous invite à faire de même !
LOH44 & LS