Le romantisme tourbillonnant : voyage dans la Russie de Rachmaninov

Le Concerto pour piano n° 2 à l’ONPL a été un régal pour mon imaginaire cinématographique. Il m’a fait voyager et frissonner le temps d’une passion amoureuse.

Cette œuvre lyrique et poétique, a été composée par Sergueï Rachmaninov (1873-1943) dans la période la plus heureuse de sa vie. Interprétée par le soliste Georges Louis Pratz, le cubain virtuose du piano concerto, c’est-à-dire un dialogue entre le soliste et l’orchestre en 3 parties : mouvement lent, rapide, puis lent. Il est d’usage de ne pas applaudir entre celles-ci et de réclamer un bis à la fin.

Une douce rencontre

Ce voyage démarre par l’entrée en matière du piano, puis l’envol des cordes tel une histoire d’amour qui commence. S’ensuit une ballade le long d’un lac russe au cours d’une dernière nuit étoilée avant le départ, rythmée par les instruments à vent, le temps d’un long baiser, interrompu par l’intervention des cuivres et l’attaque des hautbois.
La marche débute vers un ailleurs puis se transforme en une valse déchaînée comme dans La Belle et la Bête, la musique est entêtante, tout l’orchestre est réuni et joue à l’unisson.
La pianiste est lui-même dans un film, les yeux fermés, pour mieux recevoir les caresses et les effluves alentours.

La tension devient palpable

Nouvelle entrée du piano sur All by Myself, avec Céline Dion en fond d’écran qui reprend son souffle une dernière fois. En effet, c’est bien le génie de Rachmaninov et non ceux des chanteurs américains qui ont repris certains mouvements, qu’il faut saluer aujourd’hui.
Ce moment strident au piano rappelle un film d’Hitchcock ou encore une course effrénée dans les hauteurs d’immeubles où l’on ne sait pas si l’amoureux va chuter ou non. Ceci grâce à un arrêt sur image qui ménage le suspense et renforce la densité épique. Les cordes arrivent et viennent accroître le lyrisme ambiant tandis que les amoureux se retrouvent en pleine campagne, entourés de bottes de foin.

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Portrait de Sergueï Rachmaninov en 1923

La Symphonie n° 2, quant à elle, est un festival de sonorités, de couleurs et de vivacité. Le rythme s’accélère. L’amour laisse place à la guerre. Chaque pupitre tour à tour joue sa partie.
En toile de fond apparaissent enfin les pyramides d’Égypte à grand renfort de violons où l’héroïne est à la poursuite de sa moitié dans les dunes de sable pour le retrouver et l’embrasser.
Le soliste, quant à lui, s’enlace lui-même pour remercier le tonnerre d’applaudissement. On arrête tout, on rembobine le film et c’est reparti ! En effet, au troisième bis, on se demande si ce dernier va s’arrêter ou poursuivre ses improvisations en mode Chico & Rita.

Ce Concerto pour piano n°2, d’une beauté expressive inouïe, était si magique que la seconde partie semblait être un peu comme du popcorn, sans sucre.

STef