Le septième sceau, un road-movie médiéval... mortel

Ça donne envie, hein ? Déjà, paye ton affiche. Et il faut bien avouer que le film est assez perturbant. Là où Persona allait dans toutes les directions sans rien expliciter, Le septième sceau, dans son imagerie, dans sa construction, a quelque chose de presque scolaire. Son titre, déjà, tiré de l’Apocalypse selon St Jean. Son imagerie médiévale ensuite, souvent franchement légère, parfois vraiment impressionnante.

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Le film s’ouvre sur une plage, où deux hommes gisent inconscients. L’un d’eux, le chevalier Antonius Block, se relève, et fait face à un homme inquiétant vêtu de noir : la mort, venue pour le prendre. Mais dis donc, coup de bol , il y a un jeu d’échecs là, sur la plage, et le chevalier à la triste figure propose à la Faucheuse une partie d’échecs. Tant qu’ils jouent, il reste vivant. Et si il gagne, la mort le laisse tranquille - pour cette fois.

Parce que, figurez vous, notre chevalier revenu des Croisades mais pas encore de tout n’a pas trouvé le sens de la vie, et ça serait dommage de partir comme ça. Empreint d’un désir de spiritualité inassouvi, il veut des réponses, un signe de la divinité, quelque chose enfin. Il cherche donc à obtenir un délai, durant lequel, entre deux sessions d’échecs au crépuscule avec monsieur la mort, il reprend son voyage en compagnie de son existentialiste d’écuyer.

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Le pays qu’ils traversent est en proie à la peur, et donc à la violence. On cherche les responsables de la peste, on brûle une illuminée convaincue elle-même d’avoir eu commerce avec le diable, Jeanne d’Arc inversée à laquelle le Chevalier donnera en douce une drogue afin de lui éviter la souffrance physique. Mais le long plan sur son regard terrifié nous rappelle la question centrale du film : que faire face à la mort ?

On cherche des responsables, donc. On cherche le sens de la vie. On se flagelle, aussi – un des plus beaux plans du film montre la représentation de saltimbanques, sur une place de village, interrompue par l’arrivée d’une procession de flagellants. Le plan, sublime, explicite le parallèle : l’Église a un gros budget et un sens du spectacle à toute épreuve. Nos malheureux saltimbanques, qui ne célèbrent que le bonheur de vivre, ne peuvent tenir le choc face aux prophètes de l’Apocalypse.

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C’est pourtant ce couple de saltimbanques – Nils Poppe et Bibi Andersson, toujours aussi sublimes – et leur petit garçon, un charmant bambin blond qui nous laisse admirer ses fesses potelées tout au long du film, qui donneront au Chevalier, sinon le sens de sa vie, le sens de son sursis : préserver leur bonheur, simple et évident.

Lors de son périple, il a ramassé autour de lui une petite troupe de bras cassés et se propose de les mettre à l’abri dans son château. Mais la mort guette, perverse, et lors de leur ultime session d’échecs menace d’emporter non seulement le chevalier, mais aussi tous ses compagnons d’infortune. Qu’à cela ne tienne : si même la mort ne joue pas franc jeu... Le chevalier détourne grossièrement son attention, et perd sa partie, permettant au couple de saltimbanques de fuir sans qu’elle ne s’en aperçoive.

La suite du trajet vers le château est simplement l’itinéraire d’une mort annoncée. Le château est déserté, tout le monde a fui la peste, sauf la femme du Chevalier, parti vingt ans plus tôt. Le lieu est déjà habité par la mort, et le plan final de la séquence, sublime, nous montre le groupe de personnages qui font face à la mort...

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Nous les retrouvons un peu plus tard, aperçus par les saltimbanques, en train de danser une mortelle sarabande sur la colline, nouvel hommage à l’iconographie médiévale.

Curieux film donc, saisissant, non dénué d’humour pourtant, tissé de références multiples, et qui derrière son iconographie médiévale nous parle de sujets universels.

Chloé Averty

  • Pour se plonger dans un univers médiéval similaire, à la fois trivial et mystique, à la suite d’un mystérieux chevalier, (re)lisez Les compagnons du crépuscule, la superbe série médiévale de François Bourgeon. http://www.bedetheque.com/serie-109...