Le signal du promeneur du Raoul Collectif au Lieu Unique

Le plateau est presque vide, il n’y a que quelques éléments qui le peuplent. Un vieux piano droit avec des tabourets posés à l’envers dessus, une souche d’arbre dans le fond de la scène, une plante en pot sans feuilles... Le noir complet se fait. Le premier personnage entre en scène...

Un univers marqué en toute simplicité

Une sorte de petit lutin fait son apparition. Il est vêtu d’un ciré de pêcheur avec la capuche sur la tête et de bottes de caoutchouc. Il a une lampe frontale sur la tête qui émet une lumière rougeâtre et une lampe à pétrole à la main. Puis le deuxième personne entre en scène, puis un troisième, puis un quatrième, tous habillés avec des cirés et des bottes. Ils me font vraiment penser à une petite bande de lutins ! Ils entament le spectacle par un chant choral complètement splendide effectué en cercle autour d’une pierre. En ajoutant leurs lumières frontales rouges, tout nous plonge dans un univers féerique. Les quelques éléments du décor suffisent amplement à nous faire comprendre que nous sommes dans une forêt.

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Comment rendre l’absurdité cohérente et la folie compréhensible

Les cinq comédiens explorent les méandres de l’esprit humain qui transforment certains en fous et qui poussent les autres à vouloir comprendre à tout prix. Ils se basent sur l’histoire de l’homme qui s’est fait passé pour médecin auprès de sa femme, ses enfants, ses parents, sa maîtresse, pendant 18 ans. L’étau de ses mensonges finit par se resserrer sur lui, le poussant à tous les tuer (même le chien de ses parents).

Les comédiens jouent certaines scènes en alternant les rôles, tout ne semble pas lié à cette histoire. La pièce devient de plus en plus absurde, grotesque. Les comédiens sont percutants, fascinants, ils donnent vie sans aucune difficulté à plein de personnages plus farfelus les uns que les autres. Alors que les scènes ne semblent pas liées entre elles, tout devient de plus en plus cohérent dans ce chaos absurde. La scène du procès est magistrale, l’humour à la fois subtile et absurde dont ils font preuve fait rire aux éclats les lycéens présents dans la salle alors qu’ils parlent d’un fait divers on ne peut plus tragique.

De jeunes comédiens au talent multiple

Le mélange de chants, de musique, de monologues fonctionne à merveille et nous montre le talent qui semble sans limite des cinq comédiens. Alors qu’au début de la pièce j’essayais de savoir qui était plutôt musicien (et du coup moins bon en jeu d’acteur), ou plutôt chanteur ou comédien, je me suis vite rendue compte que cette tâche était veine. Tous les cinq sont de très bons comédiens et tous touchent ne serait-ce qu’un peu à un instrument de musique, voire plusieurs.

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J’ai été captivée tout le long de la pièce par le talent de ces comédiens qui ont également été responsables de la scénographie, de la lumière, du texte et de la mise en scène. Ils sont parvenus à créer un spectacle traitant d’un sujet grave, profond et universel en évitant l’intellectualisme. Ils sont restés légers, drôles, accessibles à tous sans tomber dans la facilité. Un théâtre comme je l’aime, je recommande le Raoul Collectif vivement. Le théâtre a de l’avenir !

Noémie