"Le Silence des chauves-souris" ou les échos vibrants de la chute des rêves

Retour sur une belle soirée automnale, théâtrale, qui allait nous plonger dans un univers crépusculaire, entre résistances et rêves de Liberté.

Petite rue sombre... un décor initial qui collait bien, ce vendredi soir, à la représentation mentale que je m’étais faite de cette pièce, rien qu’à en lire le titre : Le silence des chauves-souris.
Puis c’est le brouhaha qui rompt cette imagerie, rendue soudainement caduque par la vivacité des couleurs intérieures du Studio Théâtre, et la foule qui s’y amasse. Une buvette plein à craquer. Saturation de jaune et de rouge.

Changement de décor. Nous retrouvons un noir complet, mais cette fois, dans une salle au silence subitement prégnant.
Une éblouissante Wonder Woman nous fait, alors, rentrer dans l’univers de deux femmes, héroïnes du quotidien. Deux futures mères, coincées entre hier et demain, entre leurs rêves défenestrés et leurs cris intériorisés. Nous les suivons dans leur parcours de maltraitance ordinaire, transformées en numéros pour une administration sourde aux émotions. Des médecins infantilisants et misogynes. Un conformisme imposé par "les bonnes cases et les bonnes couleurs".
Une mécanique implacable, qui va jusqu’au drame, dans le pays ravagé par la guerre de l’une de nos deux héroïnes, où le simple fait de célébrer une paternité à venir, sur Enjoy the silence, attire la mort de son amour, son printemps, et fait basculer le cour de son histoire dans une raideur paralysante.
Pour nos deux femmes, le quotidien se transforme en une valse, ou plutôt un tango, entre le vide et le trop plein, les nausées, et les pensées nocturnes. Les fantômes sont plus que vivants, et les chauves-souris sont expulsées, malgré leurs gestations et leurs chants matinaux animant leur voisinage.

Anaïs Allais nous livre une pièce terriblement touchante, débordante de vie, mais de la Vie qui doute, souffre, pleure et rit.
Le jeu de scène nous fait vibrer, passer d’un espace à l’autre, du présent au passé. Les lumières magnifient la scène et les comédiens. La musique et la danse nous transportent, nous laissant entrevoir les échos de ces animaux nocturnes tant redoutés. Nous voilà entraînés au plus profond de nous-mêmes, et nous ressentons alors toute notre humanité.

Une bien belle soirée, entre ici et là-bas, avec Nour et Maya.
MERCI !

Adeline

A voir si vous en avez l’occasion, pour apprendre quelques mots d’arabe, ou profiter d’une séance gratuite d’ophtalmologie !