Le Silence des chauves-souris par la Cie La grange aux belles, mise en scène d’Anaïs Allais Benbouali.

Avec un titre pareil et n’étant pas familière du travail d’Anaïs Allais Benbouali, je ne m’attendais pas à grand-chose en m’installant dans le décor feutré de la Chapelle du Grand T. A peine si j’ai lu le programme de salle, me laissant ainsi surprendre par le travail de la jeune nantaise.

C’est finalement au cœur de la rencontre de deux femmes qu’elle nous emmène : Nour, jeune syrienne ayant dû fuir son pays à la suite de la mort de son compagnon, dissident du régime. Maya, elle aussi, a fui, mais une histoire d’amour. Toutes deux sont enceintes et déboussolées, malmenées par une réalité qui n’est pas la leur, avançant à tâtons pour tenter de se reconstruire.

Sur scène, plusieurs tableaux se succèdent : des scènes de vies de ces deux colocataires qui se débattent chacune avec leurs démons, des retours en arrière où Nour retrouve Rabi, son petit-ami grand amateur de pop et qui se déhanche allègrement sur Depeche Mode ou Kate Bush.
Après les souvenirs, c’est la réalité qui ressurgit avec ses déboires administratifs, parcours labyrinthique dans lequel Nour se perd.

A l’image des chauves-souris qui voient avec leurs oreilles et vivent en écholocation, c’est-à-dire en produisant des ultra-sons dont l’écho leur permet de se repérer, Nour et Maya sondent le silence d’après le choc, celui juste après la fin où la parole n’a pas encore éclot. Toutes deux vivent dans un espace clos, cet appartement qui leur sert de refuge contre l’extérieur mais qui à la fois traduit l’enfermement dans lequel la douleur les plonge. Elles se parlent, se croisent mais sans pour autant de comprendre. Leurs échanges sont un chassé-croisé de mots qui jamais ne se rencontrent.

Sur scène, le décor est minimaliste et pousse l’imagination du spectateur, portée par un texte qui, malgré quelques digressions, est d’une rare densité, comme une urgence de dire, après le silence. Cette belle découverte incite à suivre le travail de cette jeune auteure/metteure en scène/comédienne dont on n’a pas fini d’entendre parler.

Anaïs Chauveau