Le visiteur

J’ai découvert Le visiteur proposé par la compagnie Remake à l’ONYX le mardi 15 avril. Dans cette pièce chorégraphique, découpée en trois actes, Nasser Martin-Gousset mêle des influences issues du théâtre et du cinéma en réservant également une grande place à la musique.

Le spectacle débute par un jeu de lumières pouvant suggérer une série de clichés photographiques, dévoilant un salon centré et un écran en fond de scène. La pièce est accompagnée par le pianiste Pierre Christophe installé sur le côté cour à l’avant scène.

Le visiteur, c’est l’histoire d’une passion née entre ces deux inconnus. " Un personnage reclus dans une maison reçoit un soir la visite impromptue d’un inconnu… Réel ou fantasmé, qui est le visiteur ? Une projection ? Un double ?" écrit le chorégraphe Nasser Martin-Gousset dans sa note d’intention. Cette rencontre pose la question de l’altérité. Cet autre, réel ou fantasmé, bouleverse le corps du chorégraphe en faisant naître le désir. Celui-ci nous apparaît, dans un premier temps, mou voire « dégoulinant ». Il prend vie au contact de son partenaire Maxime Mikolajczak. Les corps s’inscrivent alors dans un rapport de force marqué par l’envie et évoluant dans une atmosphère inquiétante.

L’ambiance intimiste est renforcée par le piano. Parfois, le musicien s’interrompt pour laisser place à des enregistrements musicaux. Quelques moments de silence permettent d’entendre les bruits de respiration des danseurs renvoyant ainsi à la chair. Le corps est parfois utilisé comme matériel musical comme lors du premier acte où le danseur Nasser Martin-Gousset, masqué, utilise ses articulations comme instrument de percussion. Ces différentes variations soulignent les tensions psychiques des personnages.

Les vidéos projetées sur l’écran contribuent à brouiller les pistes entre fantasme et réalité en jouant, sur une séquence notamment, avec un système de superposition d’images filmées en directes et d’enregistrements projetés.

J’ai apprécié le décalage entre l’atmosphère sombre et tourmentée et les éléments de ruptures parfois drôles présents à divers instants de la pièce. La danse, en tant que mouvement vers l’autre, permet d’approcher au plus près cette notion d’altérité. Même si à titre personnel, j’aurais préféré voir un traitement plus abstrait, cela reste un spectacle très dense devant lequel on passe un agréable moment.

Roxane