Le Visiteur danse dans le salon

La semaine dernière, à l’Onyx, se jouait le spectacle Le Visiteur de Nasser Martin-Gousset. Ce fût une surprenante expérience car cette pièce de danse marque les esprits par son étrangeté. Le moins qu’on puisse dire est que ce spectacle ne laisse pas indifférent !

Un spectacle dense

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Alors que la lumière nous fait découvrir l’intérieur d’un salon quelque peu vieillot, le pianiste commence à jouer. Il ponctuera tout le spectacle avec des morceaux très différents, parfois sa musique fait penser à la B.O d’un téléfilm d’Agatha Christie (cette impression est appuyée par le décor), et parfois sa musique fait plutôt penser à la B.O d’un film muet en noir et blanc ou à un court-métrage contemporain. Nous oscillons entre ces différents genres tout le long de la pièce, et les différents éléments (lumière, scénographie, musique, costumes, vidéos projetées) sont toujours en accord entre eux dans ces changements d’ambiance.

Les deux danseurs, Nasser Martin-Gousset et Maxime Mikolajczak, et le musicien, Pierre Christophe, nous racontent une histoire. Celle d’un visiteur qui rentre dans l’intimité d’un solitaire. Cette rencontre chamboule sa vie et son ennui. Les scènes ne s’enchaînent pas chronologiquement, alors qu’au début Maxime Mikolajczak joue le visiteur, Nasser Martin-Gousset devient à son tour le visiteur vers la fin de la pièce.
Puis l’histoire devient celle d’une rupture entre les deux hommes. Nous comprenons cela car Nasser Martin-Gousset joue le largué qui rappelle son ex. Trois semaines après leur rupture, son ex est tombé amoureux d’une femme et le largué n’arrive pas à comprendre, surtout en si peu de temps.

Les danseurs parlent

Ce dialogue et l’hyper-réalisme de la scénographie font penser au théâtre et ce réalisme s’entrechoque avec les passages dansés abstraits. Nous constatons alors que ce n’est pas incompatible, que ce mélange, quand il est très bien maîtrisé comme ici, fonctionne à merveille.
Lors de la première scène Nasser Martin-Gousset danse tout seul dans le salon, en chaussettes, slip et marcel. Il danse sur le canapé d’angle et nous ne voyons que le bas de son corps en début, cela est charnel à tel point que ça en devient dérangeant. Et il est capable de passer d’un état à un autre avec une facilité déconcertante, à un moment son corps est mou, caoutchouteux, puis devient cassant, comme un pantin, puis effectue des gestes ordinaires. Ces mouvements réalistes et les gestes non-figuratifs se mélangent, se côtoient. Nous voyons un homme qui danse dans son salon pour tuer le temps tout en lisant son journal, en téléphonant ou en fumant une cigarette.

Sex and violence

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Après le coup de fil des deux anciens amants nous voyons ce qui semble être leur histoire d’amour. Nous assistons à une sorte de valse tumultueuse, violente, entre séduction et agression sexuelle. Un des personnages, joué par Nasser Martin-Gousset, tente de séduire son partenaire puis de le toucher malgré l’évident refus qu’il montre. Leur valse se transforme petit à petit en lutte, en combat plus ou moins violent, plus ou moins passif. Et nous, spectateurs, nous sommes les témoins voyeurs de cette scène. Une caméra au poing filme de temps à autre la scène et la vidéo est projetée sur le mur du fond, ce qui renforce cette impression de voyeurisme.

J’ai assisté à un spectacle hors-normes - et c’est bien le but de l’art !-, qui ressemble à aucun autre. Sur le moment il laisse une impression un peu désagréable mais la virtuosité corporelle des danseurs lors des scènes purement dansées contrebalance cet effet. C’est réellement un spectacle qu’on n’oublie pas, qui fait réfléchir et qui remue les tripes !

Noémie