Légère comme l’air

VieLLeicht, par Mélissa Von Vépy, nous propose un envol poétique et hybride, à la fois cirque, danse et théâtre, à travers les tribulations d’une marionnette livrée à elle-même. Découvert ce mardi 11 octobre au Lieu Unique.

Avant l’ouverture du rideau, pas de trois coups mais une déflagration. Le spectacle démarre sans attendre. Une croix de fer géante s’est crashée sur la scène. Doucement, dans ce décor de cordes parmi les trainées de sable, l’artiste-pantin apparaît sous les décombres.

Mélissa Von Vépy est grande, charismatique. Sa chevelure lâchée peut devenir crinière le temps d’un galop. Sa veste prend vie lorsqu’elle la retire, et se transforme elle aussi en marionnette. Mélissa me fait penser à une exploratrice. Ses gestes, saccadés ou graciles, oscillent entre contrôle et démesure. J’assiste à l’apprivoisement de son propre corps, à ses questionnements devant cette mystérieuse situation : amarrée à une croix, où par un jeu de cordes, poids et poulies, elle se trouve tantôt entravée, tantôt épanouie.

Je suis fasciné lorsque toute la machinerie de marionnette à fils se déploie. Le sol s’efface. Je suis face à un espace hors normes où le corps de Mélissa est en apesanteur. C’est magique. Je vois son corps disloqué relié par des cordes finissant en sac de nœuds, ces charges qui montent ou descendent au gré des mouvements. Son évolution aérienne est spectaculaire, j’ai toujours en tête ce plongeon suspendu vers une nage verticale.

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Lorsque ses pieds touchent le sol, sa pantomime d’opérette est assourdie par des bruits de rouages, de mécanique, comme une danseuse aux prises avec l’effort et la fatigue, qu’elle voudrait invisibles au public. Elle effectue un tour arabesque, suivi de quelques déséquilibres rageurs, c’est dérisoire et intense à la fois. Puis la gravité reprend ses droits et je me retrouve dehors à la sortie avec les autres spectateurs. Fin de la parenthèse, cet aller-retour aérien me laisse à méditer.

Je vous laisse interpréter ces signes ou y voir certaines allégories. Les sensations sont bien là et les images sont saisissantes. La bande-son − superbe ! − et l’éclairage participent très justement à ces évocations. Créé en 2013, VieLLeicht continue de tourner en France, et si l’occasion se présente je vous conseille d’aller vous suspendre un instant aux fils de cette performance féerique.

David Piz