Lenga ou la Guerre des natures

"Tu manges tes mots. Ils font de la pâte dans la bouche, des haricots qui t’étouffent. Tu bouffes ta langues. Les mots s’effacent. Les phrases disparaissent. Il y a de la perte. Le vocabulaire s’appauvrit. L’accent se rabote. Et parfois tu te sens ridicule. Impropre dans ta chair, tu ne te reconnais pas." (Christophe Rulhes, conception, texte et mise en scène)

Lenga – La Guerre des natures Tome 1

Lenga est un spectacle qui tient sa promesse : celle de dépeindre les langues et les cultures à travers un condensé de vidéo, danse, acrobatie et théâtre. La performance est certaine. Les quatre artistes donnent à voir de leur identité et de leur diversité. Le spectateur se nourrit des récits pour comprendre l’importance de la préservation des minorités.

C’est ainsi et toujours dans le juste que les costumes et les danses s’appliquent à rendre compte d’une réalité difficile. Les langues sont amenées à mourir au profit d’un langage véhiculaire quitte à se perdre soi-même. Il y a des verbes que l’on ne dit pas, des émotions que l’on est amené à taire. En occitant, xhosa, merina, l’histoire se répète comme un mal universel.

Le concept est réfléchi et la prosodie s’y accorde. Cependant, le théâtre anthropocène reste difficile d’accès. L’interprétation est parfois incertaine ou trop évidente et l’entremêlement choisi des récits concourt à la perte du fil. La curiosité laisse, ainsi, place à un rythme qui s’essouffle.

Est-ce les sous-titres de l’écran trop minces pour être lus ? Les récits qui ne se voudraient pas assez poétiques ? Ou la danse que l’on avait imaginé moins rythmique ? Il est difficile de le savoir. Il faut toutefois reconnaître le travail de collecte et l’écriture qui donnent sens à l’œuvre entière. Si bien qu’on en perd l’authenticité ?

Mathilde