Les années sombres du régime soviétique à travers la poésie

Une mise en scène épurée. Des livres disséminés sur une table rectangulaire et des lampes torches pour l’éclairage. Ces éléments constituent l’unique décor de la pièce intitulée « Deux ampoules sur cinq » mise en scène par Isabelle Lafon. Seules deux comédiennes sont présentes sur scène. Ce dénuement et le jeu parfait des comédiennes nous plonge directement dans l’union soviétique des années 30-40.

A cette époque, Staline est au pouvoir (1928-1941). La population est donc sous un régime de terreur militariste et totalitaire : élimination des opposants, déportation des peuples, manipulation de l’Histoire, propagande active, surveillance de toute la population.

Nous sommes confrontés à ce quotidien à travers le récit de la poétesse Anna Akhmatova et de l’écrivaine Lydia Tchoukovskaia. Cette dernière est fascinée par l’œuvre de la poétesse. Les deux femmes se rencontrent et cela marque le début d’entretiens très réguliers que Lydia retranscrit de manière précise dans son journal et nous restituent dans cette pièce, de manière complice avec Anna.

Le récit précis de ces échanges, avec des détails de lieux, décors, ressentis, nous immergent dans la vie de ces femmes entre partage de l’amour de la littérature, souvenirs au travers de photos, quotidien difficile en appartement communautaire, déportation du fils d’Anna et résistance au pouvoir en place.

Anna Akhmatova est une des plus grandes poétesses russes du 20ème siècle. Elle est encore aujourd’hui une des plus grandes figures féminines de la littérature russe. Son œuvre se compose de petits poèmes lyriques et de grandes compositions poétiques. Ses thèmes récurrents sont le temps qui passe, les souvenirs, le destin de la femme créatrice et les difficultés pour vivre et écrire dans l’ombre du régime stalinien.

Lydia Tchoukovskaia est une femme de lettre et critique littéraire russe et soviétique. Indéfectible militante des droits de l’homme, elle écrivit plusieurs ouvrages engagés et entreprit la défense de nombreux russes illustres. En 1980, parurent ses "Entretiens avec Anna Akhmatova" dont Deux ampoules sur Cinq s’inspire librement.

Cette œuvre nous est présentée au LU de manière magistrale. Le texte est magnifiquement ciselé et l’interprétation d’Isabelle Lafon et Johanna Korthais Altes très juste. Elles arrivent à nous transmettre un mélange d’angoisse, de résignation, de passion et même d’humour. Une pièce vraiment passionnante entre Histoire, poésie et vie quotidienne.

Caroline