Les Corps d’Andréa

Andréa Bescond présentait le mardi 20 février au Piano’cktail son spectacle "Les Chatouilles".

Les Corps d’Andréa

Mardi dernier nous sommes allés voir les chatouilles au piano’cktail, un spectacle incroyable dérangeant, cru sur un sujet sensible, délicat et atroce. Le mot est dur à prononcer comme une horreur dans la bouche. L’article s’écrit avec difficulté, on préfèrera repousser sans cesse le moment de s’installer au bureau. Et pourtant ce n’est pas que le spectacle était mauvais, au contraire il était grandiose, émouvant, drôle. Mais il y a des sujets que l’esprit préfère oblitèrer, et pourtant il faut en parler, il faut crier, s’époumoner dessus pour protéger, prévenir et aider. Pédophilie. Le mot est laché. Maintenant, on peut écrire.

Sur scène, Andréa Bescond. L’âme d’Andréa Bescond. Le corps d’Andréa Bescond. C’est à travers lui qu’elle incarne, à elle seule, la totalité des personnages. C’est d’abord le corps d’une petite fille, d’une innocence. Ce corps qui est touché, abusé, violé. Mais c’est aussi le corps manipulateur du tortionnaire, puis le corps aveugle de la mère, ou celui, comique, de la professeure de danse. Et encore celui absent et pourtant omniprésent de la psychologue. Différents vocabulaires gestuels se jouent, emplissant l’espace scénique quasiment nu. Un seul corps et pourtant une foule de personnages sur scène.

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La fillette grandit et avec elle cette tâche prégnante, cette énorme blessure. C’est encore par le corps qu’elle s’exprime. La danse devient un moyen cathartique de survie, une manière vivante de sublimer la douleur, l’angoisse, la fêlure. Elle vient donc s’intégerer à la piéce, ponctuant les scènes. Des mouvements sacadés aux envolés lyriques, de l’incarnation de la colère aux chorégraphies douceâtre des comédies musicales, une tension s’installe, un équilibre fragile et nécessaire entre légèreté et violence.

En fait, il ne s’agit pas seulement de pédophilie, mais de dépassement de ses failles, de ces blessures petites ou énormes. Comment les transcender ? Comment se construire ? Comment avancer ? Les corps d’Andréa nous emportent, de son histoire sensible, singulière et profondement touchante, surgit cette conclusion universelle : il faut s’accepter, vivre, et se sentir vivant.

Julie K.