Les horizons de la danse

Encore une fois, la soirée (Re)connaissance à Onyx s’avère une passionnante plongée dans le monde de la création contemporaine actuelle. Qu’on adhère ou non à toutes les propositions, on y balaie les multiples possibles d’une danse contemporaine certes éclatée mais fourmillante.

(Re)connaissance, c’est d’abord un concours, organisé par le Pacifique, Centre de développement chorégraphique, et la Maison de la Danse. Chaque année, Onyx propose une soirée qui associe les deux prix remis par le jury, ainsi que le prix du public. Cette année, un petit plus non négligeable est apporté en before par un « coaching du spectateur » : Christophe Martin, journaliste de danse et directeur d’un lieu de création et de diffusion à Paris. Son éclairage sur l’histoire de l’émergence de la danse contemporaine française, passionnant bien que beaucoup trop court, permet de mettre en perspective les propositions radicalement différentes auxquelles nous allons assister.

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La première pièce, proposée par Maxence Rey, s’intitule Sous ma peau. Et si nulle mutilation n’est montrée sur scène, il y a indiscutablement quelque chose de chirurgical dans cette proposition. Trois douches lumineuses, d’intensité variable tout au long de la pièce, dévoilent trois femmes assises en fond de scène sur des chaises. Avachies ou tordues, elles sont intégralement nues, à l’exception d’un masque qui fige leur visage. La pulsation lumineuse accompagne des mouvements extrêmement lents, comme contraints, et accentue une impression de cauchemar ou de lutte intérieure. La nudité, qui n’est plus une surprise sur scène aujourd’hui, est cependant accentuée par les masques qui dépouillent les danseuses de leur visage et donc de leur individualité, n’en faisant que des corps exposés, tordus, souffrants. On se situe donc clairement du côté d’une danse conceptuelle, assez proche de l’art contemporain dans son approche volontairement dérangeante du corps.

La deuxième pièce, Against the flow de Anu Sistonen, met également en scène trois danseurs, une femme et deux hommes. La sonate pour piano n°3 de Chopin est explicitement à la base du mouvement chorégraphique, ondoyant et presque ininterrompu, à base de tournoiements, de jetés de bras, de portés. C’est assez élégant dans l’ensemble, pas désagréable à regarder, mais j’avoue ne pas avoir ressenti grand chose, hormis un certain plaisir esthétique et une admiration pour la virtuosité des danseurs.

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Enfin, la pièce se termine sur un prix du public qui met l’accent sur le danseur et sa condition. Quand le rideau se lève pour Duet for two dancers, deux hommes et une femme sont présents sur le plateau nu, à l’exception d’un micro. Un premier danseur se présente et nous fait une démonstration de sa technique. Pendant qu’il poursuit sa performance, le deuxième danseur se présente également, et affirme danser exactement de la même façon, avant de rejoindre son partenaire dans ce qui est n’est plus une danse personnelle mais déjà une chorégraphie.... Le ton est donné : fait de légers décalages entre le texte et la danse, il donne une réflexion hilarante sur le métier de danseur et sur le geste en général, avec une réjouissante dose d’auto-dérision.

Des « mouvements inattendus » voient un des danseurs partir en flêche avant de se fracasser au sol ; des « love movements » entraînent nos deux danseurs sur un terrain franchement hilarant ; des « mouvements impossibles », des « mouvements répétitifs », j’en passe et des meilleures, nous entraînent sur le terrain d’une réflexion ludique sur ce qu’est la danse aujourd’hui. Après la mise en perspective de Christophe Martin sur une certaine forme d’éclatement actuel de la danse contemporaine, cette pièce clôt la soirée en beauté, et avec humour.

Chloé Averty