Les soldats – Lenz

Le 7 février 2018, 19h30, au Grand T. Ce genre de soirée d’hiver où on tente de se rappeler depuis quelle année on n’a pas eu un hiver aussi terrible et insiste sur le fait qu’il a même neigé sur la côte, les flocons se mélangeant au sable dur. Un moment où la fièvre monte et on espère secrètement que ce temps de gueux n’aura pas eu raison de nous.

La fièvre, la folie qui en découle, les gueux qui se débattent dans la neige et dans le vide glacial de leur vie imposé par leurs conditions sociales et sexuelles...

Tout était là ce soir du 7 février. Avec une première partie, Les Soldats, pièce dans laquelle Jakob Lenz jette un pavé dans la marre aussi givrée que l’esprit aristocratique qui ne respecte rien, ni personne. Premières victimes, les femmes. Dans un ancrage humaniste, on questionne cette réalité sans détour en décrivant toute la misère qu’il semble nécessaire de cesser de romantiser ou de légitimer. Presque 250 ans plus tard, encore tristement d’actualité.

La mise en scène est fidèle à cette simplicité. Elle nous place tous et toutes, comédien.ne.s, spectateur.ice.s en position de voyeur.se.s et potentiel.le acteur.trice. Une pièce qui nous rappelle notre pouvoir d’action !

On ne s’encombrent pas d’artifices, les scènes sont équivoques, claires et se suffisent à elles-mêmes. Les soldats sont remplacés par nos cols blancs sans scrupule que seul l’acte isolé d’un homme désespéré peut arrêter. Espérons que les dramaturges contemporain.e.s nous offrent un peu plus d’empowerment !

La neige tombe sur la femme violée, manipulée et trompée, comme pour tenter de la faire disparaître, ce serait plus simple. Cette neige sera son linceul.

Une poudre qui gèle le temps et offre une transition picturale vers l’épilogue de cette soirée. Un monologue époustouflant d’un comédien et d’une comédienne qui chacun leur tour nous éclaire sur la première pièce et son auteur en déclamant en intégralité la nouvelle Lenz de Büchner. Un moment incroyable de pure performance théâtrale.

Lucile