Les tripes bien accrochées !

Étant totalement novice dans le domaine de la musique classique, j’ai souhaité profiter de l’occasion pour aller voir un concert de l’ONPL. Je m’y suis rendue finalement seule à cause de plusieurs contre temps et j’ai trouvé ce moment unique, je l’ai vécu comme une superbe expérience. J’avais au départ une petite appréhension car je ne savais pas si j’allais rester ou si j’allais mourir d’ennui.

Je me suis alors rendue pour la première fois à la Cité des Congrès, un peu perdue car nouvelle venue dans la région, je remarquais un flux de personnes allant dans la même direction et aux cheveux assez grisonnant. J’ai pensé qu’il fallait suivre le mouvement car il y avait de grandes chances pour que la belle Cité soit leur destination. Et en effet la Cité est très belle de nuit avec ses couleurs chatoyantes et sa transparence laissant apparaître les spectateurs de l’intérieur. Tout était neuf, j’observais la foule afin de voir qui se rendait à ce genre de spectacle et j’ai été surprise de constater que beaucoup de jeunes et quelques familles étaient présents. J’ai remarqué que certains étaient venus avec leurs instruments, j’en déduisais donc qu’ils venaient en connaissance de cause.

Nous sommes entrés dans l’immense salle, un fort brouhaha se fit entendre, puis, le grand silence. Ne connaissant pas les codes, les manières de faire des musiciens et du chef d’orchestre, j’observais tout, les yeux grands ouverts tel un enfant découvrant le monde. J’ai été d’abord frappée par la précision et la « propreté » de chacun des gestes des artistes sur scène. Habituée des spectacles de danse, je voyais les mains des violonistes et les archets former des balais près du solo du chef d’orchestre. Je m’imaginais leurs chorégraphies sans les instruments ou les mains trempées dans de la gouache de couleur pour accentuer leurs mouvements.

Je pense que j’avais du mal à me lâcher au début, au milieu de tout ce monde nouveau et que je restais dans le connu. Puis, petit à petit je me suis détendue. Je me suis laissée porter par la musique inconnue, j’ai osé parfois fermer les yeux. Et là, j’avoue avoir été bouleversée. En effet, j’ai trouvé que les violons étaient des instruments sachant représenter à la perfection les émotions humaines. Tout le long de ces quatre pièces, des accélérations et des moments calmes se sont enchainés et en même temps se fut les montagnes russes des émotions ! Sous l’apparente tranquillité de mes voisins et ce sourd silence de la salle, je me trouvais scotchée à mon siège comme dans une Ferrari, oscillant entre divers sentiments.

Deux images me sont venues à l’esprit. Il est très agréable de se laisser aller, de ne rien retenir pour vivre pleinement ce moment comme nous avons plus l’habitude de le faire au cinéma. J’ai eu l’impression d’être face à un film sans images où il m’incombait de les créer, de les laisser s’échapper d’elles-mêmes. De s’abandonner aux images, aux pensées, à l’imaginaire, je me suis laissée comparer cette sensation à une séance collective de psychanalyse où les divans seraient rouges et où tous les patients resteraient les tripes à l’air dans un silence assourdissant.

Une fois les mouvements terminés, j’ai été agréablement surprise d’entendre de très chaleureux applaudissements ainsi que quelques « bravo » et sifflements. De plus, le chef a souhaité reprendre un morceau de la fin mais d’une « tout autre manière ». Il a choisi de casser les codes de la fin en faisant un geste vers le public, ce qui créa un rire général. Cette note d’humour me plu même si je n’ai pu la saisir dans son intégralité. Je suis ravie d’avoir assisté à ce concert qui m’a donné envie d’en apprendre plus sur les conventions existantes dans ce cadre et a également contribué à diminuer mes apriori face à cet art.

Chloé.