Les voies célestes du choeur

Ce 18 mars salle 2000, le chœur et l’orchestre national des Pays de Loire nous emmènent sous des cieux plus cléments, ceux du Requiem en ré mineur de Gabriel Fauré.

Le programme s’ouvre par la création, pour la première fois, d’une pièce contemporaine d’Eric Montalbetti, directeur artistique de l’Orchestre Philharmonique de Radio France et également compositeur.

Sa pièce, « Vaste champ temporel à vivre joyeusement », déploie d’étranges espaces. Les bois ouvrent le bal, suivis par les cordes. Les différentes familles d’instruments jouent à petits coups, comme incertains, explorant différentes directions ; c’est un peu comme si la musique évoquait, autour d’elle, un espace illimité et inconnu. Lorsque les différentes parties de l’orchestre se rejoignent sur une même mélodie, c’est presque avec une certaine inquiétude, tempérée par les notes égrenées de la harpe qui évoquent des sons naturels, comme des gouttes d’eau. Un plongée en terres inconnues.

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Le Pucinella de la commedia dell’arte

La deuxième pièce, Pulcinella de Stravinsky, se nourrit à l’inverse de références musicales et culturelles. Elle évoque le fameux personnage de la commedia dell’arte. Il s’agit à l’origine d’une commande du mécène Diaghilev pour ses ballets russes, un hommage à la musique du XVIIIème siècle et notamment au compositeur Pergolèse. Stravinsky en fit un pastiche savoureux : les cordes, repris rapidement par les vents, attaquent avec brio une partition baroque et sautillante. L’alternance de mouvements lents et rapides crée une ambiance joyeuse que confirme une association franchement burlesque les trombones et les cordes graves vers la fin de la pièce.

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Le Chœur au travail, dirigé par Valérie Fayet. Crédit photo : Marc Orger.

Après tant de légère joyeuseté, un entracte permet un changement de plateau pour le clou du spectacle, le requiem de Fauré en ré mineur. Conçue pour un orchestre réduit – orgue, cordes, harpes et timbales -, un chœur et des solistes, la partition s’avère d’une douceur poignante. Le chœur entonne, presque en murmurant, l’Introït, accompagné par les cordes. Petit à petit la partition prend du coffre, les sopranos et les ténors nous entraînent vers le paradis, toujours avec une légèreté et une humilité saisissantes.

Seul petit bémol au niveau des solistes : si le ténor s’avère à la hauteur, la soprano, extrêmement jeune, serait plus à sa place dans une première communion que dans une œuvre évoquant le dernier repos... Mais le Requiem reste un pièce magnifique, une marche à la mort qui, tout en délicatesse, en mode mineur, procure un apaisement incroyable et presque de l’espoir.

Chloé Averty