Liberté, plaisirs et évasion, pour moins de 15 euros, au 9 rue Basse Porte à Nantes

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Le Pannonica, quand l’aisance enrobe à ce point la technique nous touchons à la prouesse…

Depuis mon retour, la semaine dernière, dans cette salle de concert mythique de Nantes, je m’étais promis, comme après chaque passage, d’y retourner assez prestement. Voici chose faite en ce mercredi 21 octobre où je m’y rends accompagné d’un ami, comme moi non spécialiste de jazz mais grand amateur de musique. Bien installés sur la gauche de la scène, petites bières à la main, en compagnie d’un voisinage sympathique et connu, nous voici prêts à découvrir de nouveaux artistes, il s’agira de Jean-Pierre Como et ses trois camarades, tous plus brillants les uns que les autres (Stéphane Guillaume : saxophones ; Jean-Marc Jafet : basse ; Minino Garay : batterie/percussions).

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Dès les premières minutes, le temps se joue de nous et varie à nos oreilles (ralentissements, accélérations), tandis que l’ambiance environnante transporte d’emblée la salle comble à destination d’un climat bien loin du continental qui règne dehors. Entre musique andine, italienne, tango et jazz, qu’il est bon de terminer cette journée sous ces latitudes chaleureuses et chaloupées.

Tantôt langoureuse, et alors sensuelle, romantique et nostalgique, tantôt rythmique, joyeuse et saccadée, cette prestation promet de nous emmener loin, tout en jouant avec nos émotions. Finalement, c’est tout ce que l’on demande à un spectacle, qu’il soit qualifié de « vivant » (concert, théâtre…) ou « non » (cinéma…).
Et de la vie, on peut dire que ce soir, les quatre musiciens n’en manquait pas. Leur technicité n’avait d’égal que leur aisance et leur simplicité.

… emprunte de respect et d’humilité

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A aucun moment l’extrême dextérité des musiciens ne prend le pas sur l’émotion recherchée. Les 4 artistes ne sont pas là pour « se donner en spectacle » et « n’offrir qu’un festival de technicité », mais bien pour faire naître, vivre et partager des émotions.
Nous sommes bien loin de mimiques, parfois excessives, de certains rockeurs dont pourtant le niveau technique, apparait sans commune mesure avec les musiciens présents ce soir.
Pour l’heure, l’ambiance est au respect entre artistes, à l’humilité et au plaisir partagé.
A écouter les applaudissements répétés, que cela soit entre deux solos ou entre les morceaux, nous pouvons clairement arborer que l’objectif est pleinement atteint.

« Il n’est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. » Périclès

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Le batteur offre, avec talent, les rythmes essentiels, ainsi qu’un cadre autour duquel le thème musical de départ connaîtra différents « détours maitrisés », souvent improvisés donc courageux, et dont le résultat est extrêmement plaisant.

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Ces moments de plaisir sont rendus possibles grâce à la symbiose qu’il existe entre les musiciens présents sur scène. Cette compréhension mutuelle permet à chacun, par vagues consécutives, de s’effacer, puis de s’exprimer, sans que cela n’apparaisse comme des démonstrations techniques successives trop éloignées de la mélodie initiale.
Loin de standards trop formatés de type : « moins de 5 minutes pour une chanson enchainant couplet/refrain/couplet » ; cette joute, amicale et musicale, fait profondément du bien.

« Liberté, que de crimes on commet en ton nom ! » Madame Roland

Vers la fin du concert, avec tact et concision, Jean Pierre Como amène le public à réfléchir sur la liberté qui est aujourd’hui la sienne de pouvoir écouter, télécharger de la musique, facilement, et gratuitement, sur Internet.
Certes ce canal peut-être un formidable vecteur de diffusion de la culture mais, dans certaines conditions, il ne permet pas, si talentueux soit-ils, de faire vivre les artistes de leur travail, de leur passion, de leur musique qu’il nous plait pourtant d’écouter. Cette difficulté, nous pouvons imaginer que des musiques spécifiques et confidentielles, comme le jazz, doivent plus que d’autres encore, y être confrontées.
Monsieur Como rappelle que ce projet Bolero n’aurait pas été possible sans le soutien et la présence du public mais aussi sans l’aide d’une fondation, Bnp Paribas.

Mon retour à la maison fut pensif entre le souvenir de cette soirée plaisante et des inquiétudes quand aux évolutions du « marché de la musique ».
A mon niveau, je vais continuer d’acheter de la musique et d’en voir sur scène au Pannonica comme ailleurs. A bon entendeur…

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