Lior Shoov, poétesse clownesque

Seule sur scène, entourée de ses instruments et objets détournés du quotidien, Lior Shoov embarque. Multi-instrumentiste clownesque, polyglotte généreuse et sensible, elle ouvre ses vides et ses pleins, les raconte et les explore. Retour sur un magnifique moment partagé, à la confluence des émotions et d’un univers à fleur de corps et de voix, à La Bouche d’Air.

Lior Shoov n’a peur de rien.
Improvisatrice hors pair, elle nous embarque au creux de ses explorations sonores et verbales. Creuse jusqu’au bout ses apartés, envolées sur les sentiments, complexités de l’âme humaine. Pénètre jusqu’à la moelle l’essence des maux, joie, sensations qui la traverse, pour chercher la justesse dans l’infinité des nuances.

Corps et voix sont engagés sur un même plan, dans toute leurs entièretés, intégrés à sa vaste panoplie d’instruments (yukulélés et autres guitares mini formats, jouets pour enfants, kalimba, hang...).
Sa voix de velours aux accents folks, chauds et enveloppants, traîne sur les rives de sonorités multiples (hébreu, français, anglais). Sa langue, infiniment vivante, claque au rythme d’un beatbox percutant, se libère. Accompagnée dans un même mouvement par un corps qui se ploie et se déploie, croit et décroit, devenant à son tour vagues de rythmes.

Constamment sur le fil, Lior Shoov s’approprie les couacs et imprévus, les transforme en matière. Recherchant l’incident, le provocant parfois pour en sonder les possibilités et se délecter de nouvelles textures et tessitures : eau volontairement répandue sur scène pour immerger les possibilités sonores du clapotement, voix amenée volontairement à la limite de la cassure.
Loin d’être auto-centrée dans ses moments d’expérimentation, elle cherche toujours l’interaction avec le public. L’humour est omniprésent. L’oeil pétille, le verbe vole.

Elle s’approprie la scène, la déborde. A l’image d’une générosité et soif profonde de rencontre, qui ne sait, ne peut se contenir. Se hisse sur les enceintes hauts perchées, pour se faire cheffe d’orchestre d’une chorale avec le public. Ou invite encore une personne reconnue à une improvisation partagée.

Le ton oscille cependant, portant avec elle les bagages lourds d’un conflit qui ne trouve pas sa fin. Israël et Palestine sont chantés. Lior Shoov aimerait trouver sa paix.

En nous ouvrant les portes de son monde intérieur, elle nous connecte chacun à notre humanité. Nous nous sentons faire partie d’un tout, partageons un moment que nous savons non écrit, figé ou contraint. Nourri par ce qui traverse l’instant.
C’est d’un seul corps que nous nous levons pour une standing ovation nourrie. Corps et âmes reconnectés, solidement ancrés dans l’instant présent.

Camille Rigolage