Locus Solus Orchestra : voyage en terres inconnues

Ce mercredi soir au lieu unique, une foule de tous âges se presse pour un concert exceptionnel. Locus Solus, c’est d’abord un festival de musiques expérimentales initié par le Lieu Unique, ce qui n’a rien d’étonnant : ce qui fut d’abord le titre d’un roman avant d’être repris comme un hommage par pas mal d’artistes signifie tout simplement le Lieu Unique. Coïncidence ?

Dans ce roman de Raymond Roussel, un savant invite ses amis à visiter son domaine. Ils y découvrent toutes sortes de choses étranges, façon cabinet de curiosités. Et de la curiosité, il y en aura dans le public du concert : le projet, qui associe le Lieu Unique et la MJC Antipode de Rennes, réunit des pointures internationales, experts ès instruments méga-chelous. Les uns ou les autres ont collaboré avec Björk, Damon Albarn, To Waits, Marianne Faithfull, et j’en passe. Et ce soir, ils sont tous réunis avec leurs jouets bizarres pour un concert envoûtant.

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Manu Delago a une relation particulière avec ses hang.

L’ensemble comprend plusieurs steel harp ou hang, dont les sons percussifs et mélodiques à la fois forment une agréable grotte sonore. Manu Delago en joue tantôt avec le bout des doigts, la paume, la base du poignet, ou en frottant la surface de métal pour créer de nouvelles ambiances. Thomas Bloch, lui, a différentes cordes à son arc. D’abord les ondes Martenot, le papy des instruments électroniques, dont la sonorité n’est parfois pas sans rappeler les sons étranges émis par les modems des temps héroïques de l’internet ou les plaintes d’une scie musicale. Il joue également du glass-harmonica, inventé par Benjamin Franklin, s’il vous-plaît. Il s’agit grosso modo d’un empilement de bols de verre, de quartz et de cristal de différentes tailles sur un axe de rotation, façon brochette de kebab mise à l’horizontale.

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Thomas Bloch et son armonica de verre. Sans "h", si si.

Après quoi on se mouille les mains et hop, on obtient des sons cristallins, limpides et d’une résonance particulière. C’est également le cas du cristal-baschet, un instrument encore plus récent, puisque inventé en 1952.

Pour vous raconter à quoi ça ressemble un cristal-baschet... et bien, je vais encore vous mettre une photo je crois.

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Et même deux, tiens. Pour faire bonne mesure.

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Il y a également un glass-harp dont on tire de longues plaintes ou de petits éclats sonores, des flûtes chinoises, et un truc qui ressemble à la rencontre fortuite, sur la table d’un savant fou, entre une basse et une cornemuse, avec un ascendant paille à cocktails.

Bref, que des instruments bizarres autant qu’étranges, aux sons indescriptibles. L’emploi de l’eau et la façon de jouer « à pleines mains » de la plupart des instruments donnent un aspect sensuel, très concret au jeu. Les musiciens jouent parfois des solos, qui mettent en valeur leur virtuosité et la palette sonore de leurs instruments, tantôt tissent des mélodies planantes de leurs curieuses machines. Parfois dissonants, parfois harmonieux, les instruments inhabituels du Locus Solus Orchestra interrogent la limite, de plus en plus ténue et de plus en plus riche, entre le son et la musique.

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Loup Barrow et son glass harp

Mais au-delà de cet aspect conceptuel, ils nous font surtout passer un superbe moment, entre fascination pour ce cabinet des bizarreries musicales et pur plaisir auditif.

Chloé Averty