Lomepal, le rappeur tricolore d’un nouveau genre

Si Lomepal était un plat, il aurait été à la sauce blanche ce jeudi 12 octobre à la Barakason de Rezé.

Le rappeur, dans le monde de la rime depuis 2011, se produit à guichet fermé. En retard de quelques minutes, je trouve l’espace du bar totalement vide. M’étonnant auprès du barman, il m’indique que les spectateurs sont déjà tous dans la salle de concert et ponctue son information d’un : «  public très jeune ce soir ! ».

Il attise ma curiosité et je me dépêche de rentrer à mon tour dans la salle noire.

Ma première réaction n’est pas tant de m’étonner sur l’âge moyen mais de constater que la totalité des personnes présentes sont « blanches ». Férue de hip-hop, c’est bien la première fois que je rencontre un public non représentatif d’une certaine mixité raciale dans un concert de rap.

Rezinsky chauffe la salle à blanc

Le concert commence sur les chapeaux de roues avec Rezinsky. Le duo composé d’un angevin et d’un rennais dégage une folle énergie et partage une complicité évidente. Sollicitant le public, les deux rappeurs devisent avec beaucoup d’humour.

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Les instrus « Boom Bap » accompagnent des textes intimes. Pepso et Rezo annoncent du « rap à l’ancienne », des morceaux avec un air d’hier au goût d’aujourd’hui relevé d’une pointe de nostalgie et légèrement planants.

On ressent leur amour pour le hip-hop, le désir de partager cette belle énergie avec le public qui le leur rend avec ferveur.

Avant de laisser la place à Lomepal, ils balancent en exclusivité la participation à leur nouvel album d’Atom (C2C) présent dans la salle ce soir.

Déroulé de tapis rouge

La salle se vide à peine lors du changement de plateau. Et c’est devant une salle surchauffée qu’arrive un jeune homme avec une cigarette à la bouche. Il questionne muettement le public pour savoir s’il l’allume. Hurlements provocateurs.

Il opte finalement pour la bienséance et demande plutôt l’aide d’un.e complice dans le public. Une lycéenne euphorique est élue pour le rejoindre sur scène. S’enchaînent alors quelques tours de magie délibérément bidons, mettant parfois la lycéenne au bord du ridicule. Son enthousiasme non entamé, elle descend de la scène avec une effigie papier de Lomepal et un disque.

Scène noire de nouveau après ce one-man-show interprété par le jeune homme dont je n’ai pas réussi à connaitre l’identité.

Le rideur de la rime ; dur à cuire et fleur bleue

Lumières. Ils sont trois sur scène : Lomepal, un acolyte au micro et un dj derrière une table de mixage. Re-hurlements, les portables fleurissent : photos, vidéos, selfies, tout est bon pour immortaliser le moment.

Antoine Valentinelli a été un skateur avant d’être un rappeur. On ne peut ignorer les similitudes. Skate et hip hop, deux arts de la combinaison et de la vitesse, dans lesquels les formes esthétiques et sociales à leur tour se mélangent sur fond urbain.

« Gros flow, gros morceaux, jamais un aussi bon rappeur n’avait vraiment fait de skate » déclame-t-il dans le titre Bryan Herman , référence au célèbre skateur californien.

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Beaucoup de fans, les paroles sont récitées en chœur. Le rappeur continue dans la même veine que Rezinsky en provoquant à coup de « fuck ». Il réveille les ardeurs de « Bad boy » en demandant s’il y a des « garçons mal polis » dans la salle. Les « caillera » en herbe s’époumonent et certains défient les règles en allumant des cigarettes.

Les morceaux débutent sur des sons électro-pop-rap et se poursuivent sur un flow de textes travaillés qui semblent autobiographiques ou du moins inspirés d’expériences personnelles.

Les chansons appellent plutôt à la mélancolie, cependant la foule est déchaînée, mouvements de foule vers le devant de scène, presque des débuts de pogo parfois. Consensuel, le public tape dans ses mains, les agite de gauche à droite pour accompagner des mélodies que je trouve un brin naïves par moment, occultant la poésie des textes.

Sans transition un escabeau est installé au milieu de la foule et la rap star s’y installe pour une chanson « bain de foule ».

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Le concert se finit un peu abruptement après quelques rimes en rab scandées torse nu.

Devant les portes de sortie, je traîne au milieu des fumeurs. Un jeune homme en sueur encore échauffé envoie : « je trouvais que ça ne bougeait pas beaucoup ! »

Au menu de ce soir, un rap original où le chant et la mélodie ont la part belle, restée cependant sur ma faim, je m’en vais me restaurer. Bonne nuit !

So

LA BARAKASON
1 allée du Dauphiné
Rezé
http://www.lasoufflerie.org/