Looking for friends

Selon le Larousse, la misanthropie est une disposition d’esprit qui pousse à fuir la compagnie des gens. Et par déclinaison, le misanthrope est celui qui aime la solitude en fuyant ses semblables.
Drôle de thème à traiter au théâtre, lieu de confinement de spectateurs et de rencontre entre un comédien et son public.
Mais c’est le choix qu’a fait Nicolas Bonneau. Avec Looking for Alceste à ONYX, il s’interroge sur la fuite hors du monde, part à la rencontre de misanthropes et partage ses tribulations avec nous.

Alceste, c’est le personnage du misanthrope dans la pièce de Molière du même nom. Il y incarne un homme qui porte peu d’affection à ses semblables et déteste l’hypocrisie par-dessus tout. Alceste récuse la nécessité du mensonge en société et met en pratique son goût de la sincérité.
Alceste, c’est aussi le double fantasmé de cet homme que l’on découvre le soir de ses quarante ans et qui, pourtant en compagnie de ses amis, traverse une crise de lucidité sur la comédie humaine qui l’entoure. Cette fête d’anniversaire sera le point de départ d’une crise - celle de la quarantaine ?, tout du moins identitaire - sur la place à trouver dans la société en conservant ses idéaux.

Se succèderont durant 1h20 des monologues et interludes musicaux, tirés directement du texte de Molière ou de l’enquête que Nicolas Bonneau a suivie…
Car le processus de création de cet artiste est singulier. En s’inspirant de la vie de ses contemporains, il y puise des matériaux pour ensuite écrire ses pièces. Pour Looking for Alceste, il est parti à la rencontre de philosophes, lycéens, zadistes. Il a collecté les témoignages de ces hommes et de ces femmes qui ont choisi de se retirer de la société. Pour ensuite les mettre en écho au texte de Molière.

Pendant toute la pièce, Nicolas Bonneau est (presque) seul sur scène. Il convie simultanément ou successivement les personnes qui gravitent dans la vie de cet Alceste des temps modernes. L’imaginaire prend grâce au jeu très travaillé du comédien : le langage et la gestuelle sont propres à chacun des personnages et l’interprétation est réaliste.

« C’est ainsi, qu’un amant, dont l’ardeur est extrême,
Aime jusqu’aux défauts des personnes qu’il aime.
 »
Acte II, scène IV, vers 729-730

Cette citation décrit toute la complexité des relations humaines. La pièce aussi. Elle n’est ni un procès, ni une ode à la misanthropie. Elle expose la difficulté d’allier le besoin de vérité avec la contrainte de vivre en société. La pièce de Nicolas Bonneau n’en est que plus riche. Il donne à voir le sujet sous divers angles.
Les interludes musicaux participent à cette quête. Deux femmes mystérieuses jouent des cordes, l’une du violoncelle, l’autre de la voix. Elles apparaissent au fil des pensées d’Alceste et leur partition originale évolue tantôt glaciale, tantôt enfantine, tantôt gaie.

Cet homme à la recherche du lieu idéal finit par revenir à la réalité et se retrouve à fêter ses 41 ans entouré de ses amis, les mêmes, toujours fidèles, malgré leurs engueulades et leurs défauts. Belle réflexion sur l’humanité, Looking for Alceste n’en est pas moins une belle réflexion sur l’amitié.

Et c’est toujours plaisant de se dire qu’on y est allé bien entouré !

JADe