LU : Boite de nuit pour danseurs aguerris

Le festival Trajectoires fait « bouger les lignes » en déployant la danse sur tout le territoire. Première édition d’un festival dont la direction artistique est partagée entre sept structures (CCNN, Lieu unique, Onyx, TU-Nantes, Grand T, Stereolux et Musique et danse en Pays de la Loire), la programmation est expérimentale et éclectique.

Et au milieu coule…
Le syndrome ian – une sombre allégorie des nuits londoniennes à l’aube des années 80. Troisième d’une trilogie pensée par Christian Rizzo comme un hommage aux danses populaires, Le syndrome ian clôture, ce dimanche 28 Janvier au Lieu Unique, huit jours de représentations chorégraphiées.

Un hommage à…
Ian Cutris ? Le spectacle se veut aussi froid, métallique et épuré que le son cold-wave déversé par Joy Division dans les clubs londoniens. Après la vague disco et punk, place au post-punk que répand avec désinvolture le ténébreux Curtis. Victime d’épilepsie, il se donne la mort en 1980, victime de son succès.

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Un spectacle aussi sombre que la tragédie Curtis

9 danseurs évoluent sur scène, accompagnés par la bande-son extraordinaire du duo français Cercueil. Leur individualité est niée par l’uniformité de leurs costumes : un polo blanc, un pantalon bleu, des converses – blanches elles aussi. Moderne, électronique, sombre, parfois métallique, enrichie de bruitages, de répétitions, tantôt lancinante, tantôt brusque… la musique donne le ton à une chorégraphie merveilleusement réussie. Les corps désabusés se meuvent et s’entrechoquent. Les hommes et femmes se caressent lentement, se défient parfois. Esseulés, ils dansent désespérément dans une nuit sans fin. C’est le cri d’une jeunesse noire et désabusée que l’on voit sur scène. Les néons et fumigènes renforcent l’atmosphère « club » créée sur le plateau du grand atelier.

Hantée la nuit ?

A plusieurs reprises, un « monstre » hante la nuit – une figure à peine perceptible qui ressemble à un corps recouvert d’algues marines. Le monstre apparaît et disparaît sur un coin de la scène. Progressivement, tous les danseurs disparaissent et seules deux femmes poursuivent leurs mouvements « à capela », sans bruit, sans néon, sans fumée. Autant de monstres que de danseurs perdus envahissent la scène et encerclent les deux corps qui finissent par se sauver. C’est alors que les 7 figures entament une lente agonie. D’une figure sort une femme – seul être humain sur scène. Elle se met à danser à corps perdu, sous la lumière, au son d’une musique électronique traduisant vanité et colère. Elle dépeint la vie, la mort, la soif, la peur de tous les jeunes qui hantent la nuit, désabusés. Le noir se répand sur le plateau et plonge la salle dans l’obscurité. Bientôt la musique termine elle-aussi sa litanie pour laisser place au vide. Le public met quelques secondes à réagir avant d’applaudir la performance incroyablement sombre et incroyablement lucide qui vient de se jouer devant nous au Lieu Unique.

Zoé MICHEL