Malentendus, l’enfant inexact. Combien pour la main-d’oeuvre de ce beau spectacle ?

C’est un vendredi soir au théâtre ONYX (cette grosse boite noire qui ne passe pas inaperçue du coté de Saint Herblain) et la Compagnie des Lumas est en train de s’échauffer avant de fouler les planches. Oui parce que proposer une pièce en langue des signes est un réel sport linguistique !

Dans une salle casi’ pleine, les spectateurs se racontent encore leurs journées avant l’extinction des projecteurs. Bizarrement, il n’y a pas tant de brouhaha que ça, et plutôt beaucoup de mouvement ! Malheureusement, cette fois, je ne peux pas m’amuser à épier les voisins pour comprendre leurs savoureux petits ragots de la vie quotidienne. Comme cette sensation un peu perturbante d’être pour la première fois dans un pays dont on ne comprend pas encore la langue…

En quelques secondes, des jeux de lumières viennent imposer ce fameux et beau silence religieux d’une pièce lorsqu’elle commence. La moitié du public étant malentendant, il faut savoir susciter d’autres sens. Et pendant une heure, nos yeux en prennent clairement plein la vue ! Des ombres chinoises aux dessins XXL, en passant par la vidéo projetée et des décors rococo. Eric Massé, le metteur en scène, a réussi a créer une belle composition scénique ludique et originale !

Il a aussi réussi à adapter une histoire touchante : celle d’un enfant sourd et martyrisé par « l’oralisme ». Ce fléau qui l’oblige a suivre des milliers de séance chez l’orthophoniste… Issu d’une petite famille bourgeoise des années 50, il décide de fuguer pour rencontrer ses paires. Parce que son père, lui, fait le déni de son handicap. Ils sont quatre sur scène pour sept rôles, cherchez l’erreur… et pourtant grâce aux prouesses et pirouettes des acteurs, ils s’en sortent dignement ! Sauf un… lâché au bord du canal de l’Erdre en attente de son razzie award !

L’atout fort de cette pièce c’est le style documentaire (et très bien documentée) ! C’est une véritable spécial investigation dans la culture et l’histoire sourde. Le genre de programme qu’Arte pourrait diffuser !

J’applaudis comme mes voisins, les mains qui virevoltent dans les airs ! #putyourhandsup

Signé : Camille Heebie