Marcello Mastroianni : rétrospective au Cinématographe

Né en 1924 et mort en 1996, Marcello Mastroianni, figure emblématique du cinéma italien, aura joué dans 140 films en 56 ans de carrière. Le Cinématographe proposait une rétrospective portant sur 45 ans de carrière à travers 18 de ses films. J’ai pu en visionner six, représentant des moments différents de sa carrière :

La Dolce vita
, F. Fellini, 1960
L’Assassin, E. Pietri, 1961
La Grande bouffe, M. Ferreri, 1973
Touche pas à la femme blanche !, M. Ferreri, 1974
Ginger et Fred, F. Fellini, 1986
Un, deux, trois, soleil, B. Blier, 1993

Pour moi qui n’avait quasiment aucune référence en la matière et qui ne connaissait pas cet acteur, ce fut l’occasion de me plonger notamment dans la découverte du cinéma italien des années 1960-1970. Proposer une rétrospective autour d’un acteur me semble être un excellent moyen d’observer un panorama de personnages différents, déployant des personnalités complexes dans des univers différents d’un réalisateur à l’autre. Il en ressort que Mastroianni incarne toujours des personnages masculins forts évoluant dans un univers patriarcal, mais les facettes de ces personnages laissent parfois poindre toute l’ambiguïté et les faiblesses qui se cachent derrière la posture de l’homme viril.

Dans La Dolce vita de Fellini, il incarne un journaliste admiré menant une existence sans contrainte et détachée de toute morale. La recherche du plaisir et la sublimation du présent sont ses seuls moteurs. En cela, il est indifférent aux conséquences de ses actions et aux émotions des autres. Mastroianni fait preuve d’une remarquable justesse d’interprétation dans ce rôle, il ne déborde pas, ses mouvements de visage sont à eux seuls très expressifs. Or ce motif de personnage séducteur surplombant la société laisse deviner des failles, failles qui seront explorées à leur tour par les autres réalisateurs traitant des mêmes archétypes. C’est le cas dès L’Assassin dans laquelle le personnage sûr de lui a bien du mal à garder sa contenance dans la chute qui est la sienne alors qu’il est soupçonné de meurtre. Dans La Grande bouffe, il incarne également un homme viril et séducteur aux besoins sexuels irrépressibles, macho et prédateur. Mais il perd complètement les pédales, mettant au jour un immense désarroi, au moment où il devient impuissant – ce qui, par fierté, précipitera sa perte. Or Ferreri qui le pressure dans La Grande bouffe le ridiculise dans Touche pas à la femme blanche ! en général fou à lier, mégalo et impulsif. Mastroianni, alors impeccable d’absurde et de fausse contenance, en devient à la fois comique et touchant. Touchant, il l’est encore davantage en vedette déchue, alcoolique et désabusée, dans Ginger et Fred. Fellini rend à merveille le décalage entre ce personnage dépassé (et celui d’Amelia) et le monde moderne, monde d’outrance où il n’a plus sa place. Le motif de l’homme alcoolique et sans perspective sera repris par Blier dans Un, deux, trois, soleil qui met en scène un Mastroianni déjà âgé.

Cette rétrospective m’a donné à voir une galerie de personnages ancrés dans des réalités plus ou moins fantasmées (celles des réalisateurs). Mastroianni y est toujours d’une grande justesse, il oscille entre grandeur et décadence et porte bien souvent le film sur ses épaules. J’ai trouvé véritablement édifiant de pouvoir regarder en un laps de temps court tout cet éventail et d’observer l’évolution de Mastroianni d’un film à l’autre, en particulier les différences que le vieillissement de l’acteur injectent dans la construction du propos cinématographique.

Marie B.