Matez Matter

Matter, une pièce de danse contemporaine qui met en scène quatre danseuses soigneusement enveloppées dans des robes de papier blanc, comme des chrysalides avant la métamorphose. Jouée au Lieu Unique le 11 mars 2015, cette pièce délicate et violente à la fois, remarquable pour son esthétisme, a de quoi secouer ses spectateurs. Matter, c’est l’histoire dansée de quatre transformations individuelles, c’est la mise en scène de l’émancipation.

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Encore une fois, le Lieu Unique frappe et m’arrache de ma zone de confort avec cette pièce de danse contemporaine de Julie Nioche. Alors je ne vais pas raconter dans le menu ce que l’on voit dans ce spectacle parce qu’il faut le vivre avec ses tripes. Il faut vivre cette insoutenable tension avant l’explosion de vie et d’authenticité, après la mue, après la transformation des poupées de papier en véritables êtres animés et doués d’une volonté propre. Par contre, je vais dévoiler ma propre transformation, celle de mes sensations pendant le spectacle.

Délectation sensorielle

La précision et la beauté des coiffes et des robes de papiers que portent les quatre danseuses, chacune de modèles différents et d’épaisseurs différentes, me plaisent et déjà je sens la poésie poindre. Le vent qui anime les robes les plus légères, tels des voiles, l’eau qui coule du plafond sur ces nymphes de papier, la musique à la fois métallique et cristalline et l’esthétique de la chorégraphie ravissent mes sens durant les 55 minutes de la pièce.

Confortable malaise

C’est la perplexité et la curiosité que j’expérimente, à cause de l’ambiance éthérée et grave à la fois au début de la pièce. Puis les mouvements des danseuses, désordonnés, hystériques, de dégénérescence presque, me mettent agréablement mal à l’aise. Que se passe-t-il ? Un noeud dans mon ventre. L’inquiétude, l’angoisse, à la vue d’un liquide noirâtre qui envahit le sol de la scène et semble tout contaminer, doucement, tout doucement, inéluctablement... Quelle sera l’issue de ce qui semble d’abord une désolante désintégration de mes poupées de papier blanc ?

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Émancipation, délivrance

Quand mon angoisse est à son paroxysme, l’histoire dansée me propose un nouveau sentiment. Celui de l’affranchissement. Non pas un sentiment de la liberté, mais de libération, en tant que résultat d’un terrible combat intérieur. C’est l’éclosion, la transformation, la prise de la responsabilité de soi-même qui se danse sous mes yeux. Car les robes de papier fondent petit à petit sous les ondes, ou bien sont arrachées et alors, je sens le soulagement de la libération, la victoire criante des nymphes délivrées.

Joie, célébration

Julie Nioche ficelle très bien sa pièce car c’est la joie qui s’installe finalement, après les bouleversantes sensations. Car, les corps finalement nus célèbrent la libération ensemble dans un mouvement collectif, presque tribal, et enfin, je souhaite moi aussi prendre part à cette réjouissance.

Finalement, les corps mis en scène par Matter ne se laissent donc pas mater, ils luttent et nous avec. Et ce n’est pas non plus pour la nudité de ces corps-là que l’on mate Matter. Ce sera plutôt pour vivre le cheminement vers la délivrance hors de la matrice.

Emilie B.