Max Ophüls : Un cycle (presque) complet au Cinématographe

Le Cinématographe proposait une grande rétrospective de 12 films du réalisateur Max Ophüls, français d’origine allemande, qui a indéniablement marqué le cinéma du début du XXème siècle, et bien des réalisateurs à suivre.
L’occasion de vivre une belle nouvelle saison, "un printemps", au cinéma !

Petit défi lancé : voir au moins la moitié des films proposés, soit six films sur douze, pour rentrer dans l’univers de ce réalisateur dont je ne connaissais finalement que l’un des ses personnages, Lola Montès.
Avec l’annonce des beaux jours, les festivités carnavalesques, le mois d’avril n’était pas le plus propice à l’assiduité d’une salle obscure, pour visionner des films en noir et blanc des années 30 à 50... Et pourtant, une fois de plus, la magie du cinéma a bien opérée !

Ce qui démarrait comme une démarche de pure curiosité est vite devenue un petit rituel de bonheur visuel et d’émotions assurées.
L’attente, à chaque début de séance, de ce cadre rassurant.
L’obscurité. L’ouverture du rideau rouge. Le tableau d’entrée qui s’affiche sur l’écran.
La belle calligraphie, témoin d’un autre temps. Le noir et blanc.
Les "grands noms" qui apparaissent en toute simplicité : des monuments du cinéma sous des yeux plus très habitués !

A chaque fois plongée dans une autre époque, avec ces acteurs mythiques pris dans le vif de leurs jeunes années, Danielle Darrieux, Simone Signoret, Jean Gabin (entre autres !), m’ont fait découvrir un cinéma de mouvement, théâtralisé, autour de questions de société toujours très actuelles. Rien n’y semble bien différent d’aujourd’hui, du côté des rapports humains, des relations femmes-hommes... mais cette élégance déployée par Ophüls, pour dénoncer des vérités qui font grincer les conventions sociales, le tout avec un naturel déconcertant, était totalement incroyable !!

La liberté de ton, l’humour acide omniprésent, me révélaient à quel point les mœurs peuvent évoluer au gré de l’histoire, et l’espace de création et d’expression artistique plus ou moins élargi ou réduit en fonction des contextes politiques et sociaux.

Sa technique narrative se déployait au fil de son œuvre, pour nous faire entrer dans ses récits de plus en plus construits au sens théâtral du terme. Avec la Ronde et le Plaisir, il créait même un personnage qui nous introduisait dans ces instants de rêve, de fantaisie, de fantasmagorie. Nous, spectateurs, prenions place dans le manège des sentiments des protagonistes. Nous nous retrouvions pris dans des décors circulaires, illustrant bien le mouvement de la vie et de ses cycles. Et nous vivions, vibrions, au rythme des passions, des impressions, des déceptions. La roue tournait pour les personnages comme pour nous, et ce mouvement perpétuel nous faisait relativiser sur ce temps qui passe et son action sur les sentiments, sur nos contradictions, nos milieux de vie qui sont autant de carcans.
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Mais avril filait déjà, et il était temps de fermer le rideau, d’éteindre les lumières, de débrancher le projecteur, et de laisser la magie d’Ophüls se diffuser dans nos imaginaires !
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Le cinéma d’Ophüls est beau parce qu’il respire la liberté, qu’il magnifie des femmes souvent utilisées ou brisées (à voir : Lettre d’une inconnue ou la Tendre ennemie), qu’il traduit une lucidité percutante de la part d’un réalisateur qui semble se soucier du bonheur parce qu’il en mesure la fragilité.
Son cinéma est aussi novateur par ses plans séquences, ses effets de mouvement permanent, et notamment cette omniprésence des escaliers, mais aussi par l’utilisation de personnages marquants : les fantômes de la Tendre ennemie, le Monsieur Loyal de la Ronde, la Comtesse de Lansfeld dite Lola Montès, son dernier grand personnage...
Ce cinéma, d’une majestueuse beauté visuelle, aura laissé une trace indélébile dans ma mémoire, et j’en suis presque à regretter que Max Ophüls soit décédé deux ans après son premier film en couleurs, en 1957, le dernier d’une riche carrière, un peu tombée dans les oubliettes. Il aurait sûrement utilisé à sa manière, libre, acide et artistique, les possibilités laissées par la couleur, pour créer encore d’autres histoires à encadrer, ou à faire tourner dans des manèges à musique !

APA

S’il fallait n’en retenir que 3 (ou 4 !), pour que vous courriez les voir :

  • Lola Montès
  • Lettre d’une inconnue
  • Le Plaisir
  • la Ronde

En mai et juin, le Cinématographe propose deux autres rétrospectives à ne pas manquer : celle de Wim Wenders, et celle sur Jacques Prévert.
Entre deux rayons de soleil, un peu de fraîcheur cinématographique !