"Mentir is not good", cette pièce vue dix fois - Interview des comédiens.

Créé il y a trois ans, « Mentir is not good », est une pièce humoristique sur la vie de deux hommes. Max et Yvou, deux amis et voisins. Max vient d’être nommé aux Molières, Yvou s’est engagé à écrire une comédie musicale. L’un doit se rabibocher avec son père, l’autre doit écrire un rôle pour reconquérir sa copine. Le deal est simple, l’un écrit pour l’autre et inversement. Le seul problème c’est que toute cette histoire est basée sur un mensonge.

Il a fallu slalomer entre les manifestations, les averses et le coronavirus, mais il y a du monde dans la grande salle de la Compagnie du Café-Théâtre pour venir profiter de la pièce du samedi soir. Calée au premier rang, c’est amusant d’écouter les discussions autour, des groupes d’amis, quelques couples, des collègues de travail. Encore innocents sur ce qui va arriver sur scène.

L’histoire de cette pièce peut paraître un peu dure, mais c’est en réalité un concentré d’une heure de jeux de mots, d’absurde, de folie et de fou rire. Et ce joyeux mélange est peut-être la raison qui pousse des gens, comme moi, à venir une dizaine de fois…
J’entends venir que voir dix fois le même spectacle ça ne se fait pas. Et pourtant si ! J’ai quelques arguments pour vous.

Déjà il faut venir au moins deux ou trois fois pour saisir tous les subtils jeux de mots. Une fois de plus pour bien s’imprégner des chansons de la partie comédie musicale, et ne plus jamais entendre les chansons originales de la même façon. Rajoutez une ou deux soirées où les fou-rires empêchent d’avoir la pièce en entier, ce qui oblige à revenir. Et le compte est bon !

C’est aussi le plaisir de voir une pièce qui évolue. En trois ans pas une représentation n’était identique, par le décor, la mise en scène, le lieu, le public, les comédiens. Il y a à chaque fois des réactions différentes dans le public, des inattendus, des surprenants aussi. Il y a des nouvelles blagues qui se glissent dans l’improvisation, d’autres qui disparaissent. Ce soir l’improvisation était autour de la recette des paupiettes. Même si l’histoire reste la même il y a ce petit sentiment de la redécouvrir presque à chaque fois.

Il y a aussi cette complicité entre les deux comédiens qui nous entraîne. Ils s’amusent, nous le montrent, alors on s’amuse avec eux. Ça me rassure aussi, en me disant que toutes les petites vannes du quotidien, les petits jeux de mot que je n’assume pas ; eux les multiplient puissance mille sans aucune concession. Cette pièce nous fait décrocher de la morosité du quotidien, des petits tracas, et de toute logique de vie.
Bref, aller voir cette pièce dix fois n’est pas une folie, c’est bon pour le moral !

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Photo Mélanie Boucheny

L’interview sans mentir !

Faire une interview avec Vincent Piguet et Patrick Chanfray c’est arriver à la Compagnie du Café-théâtre en pleine problématique de faux seins. Lesquels choisir pour la représentation du soir. Des faux en plastique ou des ballons légèrement gonflés ? La fin de l’histoire : ceux en ballon.

Vincent Piguet est l’auteur et comédien de la pièce et Patrick Chanfray le second comédien. La folie de leur pièce ils l’ont aussi dans la vraie vie, comme en témoigne cette interview.

• D’où vient l’idée d’écrire une pièce comme « Mentir is not good » ?

Vincent  : Au départ j’ai pensé à écrire une pièce pour Chantal Ladesou. Pas exactement pareil, il n’y avait pas de comédie musicale. Moi j’avais le rôle Patrick (Yvou) et elle le rôle d’une dame qui va avoir un César, plutôt qu’un Molière.
Patrick  : Le contraire non ? Un Molière plutôt qu’un César. Tu reçois un César dans la pièce là. Parce que moi j’ai lu ta pièce et…
Vincent  : Non je reçois un Molière et ce que je veux c’est un César.
Patrick  : Ah oui, donc je ne comprends rien à cette pièce !
Vincent  : Et elle, elle, reçoit un César et son père s’appelait Oscaro, quelque chose comme ça, et elle rêvait d’un Oscar. C’est pour ça aussi qu’il y a une histoire de chien, car elle a un chien et je voulais que son chien joue dedans physiquement. Je voulais que cette dame fasse un truc un peu tragique. Elle avait une blessure, elle n’avait pas tout dit à son père et donc ça m’a inspiré cette pièce. Seulement ça ne s’est pas fait. Et j’ai gardé l’idée sous le coude.
Patrick  : Ce n’était pas facile du coup pour faire les travaux du quotidien avec ça sous le coude.
Vincent  : Et j’ai dit, tiens je vais la réécrire ! Mais je n’avais pas envie de jouer avec une fille, en plus la pièce n’est pas une histoire d’amour. Donc autant le faire avec un pote. J’ai rencontré Patrick, je me suis dit qu’il serait parfait. Donc j’ai réécrit en fonction de lui.
Patrick  : Avec de mots plus simples.
Vincent  : Pour Ladesou ça aurait été plus [théâtre de] Boulevard. Là faire plus un truc café-théâtre, plus efficace. Plus d’absurde et plus de conneries.

• Le second rôle de cette pièce a été écrit en s’adaptant déjà à Patrick ?

Vincent  : Oui, sans être sûr qu’il accepte, il ne le savait pas encore. Mais quelqu’un d’autre aurait pu le jouer.
Patrick  : Mais moins bien…
Vincent  : Donc j’ai réécrit en pensant à lui, j’ai rajouté le cambriolage et la comédie musicale. Je lui ai donné le rôle que j’avais et moi j’ai pris le rôle de Chantal Ladesou. Et je suis allé la lire à Patrick.

• Ecrire une pièce qui vire à la comédie musicale, une carrière de chanteur déchue ?

Vincent  : L’idée m’est venue quand je faisais le FIEALD [Scène ouverte parisienne]. J’avais écrit un sketch là-dessus, et je me suis dit que ce serait génial de l’intégrer dans une pièce de théâtre. Le sketch était sur l’arche de Noé et il y avait déjà quelques jeux de mots sur les animaux et le jeu de mot « Justine mise au coin » [Juste une mise au point, Jackie Quartz].
Patrick  : Elle était déjà présente elle !
Vincent  : Il y avait déjà « Il suffira d’un cygne, un lapin » [Il suffira d’un signe, Jean-Jacques Goldman]. Ça faisait hyper longtemps que quand j’étais dans les karaokés j’avais chanté ce truc-là, donc j’en ai fait un sketch. Et après je me suis dit que ça pourrait être bien que dans une pièce de temps en temps il y aurait des choses comme ça. C’est un peu un fourretout cette pièce, un mélange de tout. Il y a des vannes prises de partout qu’on a rajouté. Un melting-pot de tout.
Patrick  : C’est du tout-venant cette pièce !

• Vous avez une vraie complicité sur scène, depuis combien de temps vous connaissez vous ?

Patrick  : 20 minutes… 25…
Vincent  : 7 ans, 2013 on va dire.
Patrick  : 7 ans c’est un cap Vincent !
Vincent  : On a eu nos moments difficiles.
Patrick  : Des hauts et des bas.
Vincent  : On a fait des concessions. Moi j’ai une concession Ford.
Patrick  : Et moi une concession au Père Lachaise.

• Et depuis combien de temps vous montez sur scène respectivement ?

Vincent  : Moi j’ai commencé en 2005.
Patrick  : Pareil 2004, 2005. Mais j’avais déjà fait des trucs avec Molière vers 1700. C’est un gars sympa.

• Vous avez déjà joué dans d’autres pièces humoristiques ?

Vincent  : Oui des petites pièces. J’ai commencé en faisant du One man show, autodidacte. Et quand je suis arrivé sur Paris j’ai fait quelques pièces : La sœur du Grec, Ladys Night, Ex in the city. Et j’avais remplacé Fabrice Blind sur La guerre des garces, en tournée et à Paris. Et c’est là où j’ai commencé à faire de la comédie, des pièces dans l’humour.
Patrick  : Moi j’ai commencé par le One à Avignon. Et quand je suis arrivé à Paris, pour faire du cachet, je faisais mon One à la Petit Loge et j’ai joué dans des pièces grâce à Rémi Deval, il m’a donné des contacts. Après j’ai enchainé des pièces comme un Apéro presque parfait. C’est là où j’ai rencontré Jo Brami. Avec lui on a même repris une pièce au pied levé. On ne connaissait pas le texte, on jouait des malades et on faisait semblant d’aller vomir. Le texte était étalé partout dans les loges, pour essayer d’avoir des répliques. Le cauchemar de comédien. J’en avais écrit une aussi Une vie de Rêve avec Kim Schwarck.
Vincent  : Et tu connais la suite…
Patrick  : Et c’est ainsi que le cookie s’émiette.

• La pièce parle de faire écrire son spectacle par un autre, tiré d’un fait réel ou vécu ?

Vincent  : Non c’est plutôt imaginé. Dans l’écriture il y a toujours un peu de nous, mais ce qui m’a évoqué cette idée c’est Chantal Ladesou. Faire un truc avec son père. Mais je n’ai pas de chien, mes parents sont ensembles, j’ai trois sœurs. Ça n’a rien à voir, ce n’est pas du tout le personnage. Mais j’avoue que dans mon jeu et mon émotion la relation père/fils ça peut être un peu comme ça. Je n’ai jamais été fâché, mais j’ai un père assez dur et dès fois ça se ressent.
Patrick  : Heureusement que tu t’es un peu violé, ça a nourrit l’écriture.
Vincent  : Oui, ça a nourrit et bien nourrit !

• La pièce a commencé avec très peu de décors et un imperméable déchiré, comment on vend un tel spectacle pour le faire monter jusqu’aux planches du théâtre de la Tour Eiffel avec écrans géants ?

Vincent  : Au départ j’ai fait trois lectures, il n’y avait jamais de producteurs sérieux. Ça ne se faisait pas. Et donc je suis allé au théâtre de Dix Heures, j’ai négocié avec eux. On était un peu les gitans du spectacle, avec le système D et l’embrouille. Quand je suis arrivé au Dix Heures ils avaient des problèmes à stocker le décor de tout le monde. Nous avec notre gros décor ça n’allait pas être possible. Et donc du coup pour arranger on a joué dans le décor de la Fève du samedi soir. Tant pis on a changé notre mise en scène, on a répété deux, trois jours dedans. Et on a joué dans un décor sympa. On a fait pareil à Avignon.
Patrick  : A Avignon c’était n’importe quoi, on attendait que tous les spectacles soient finis car on jouait tard, vers 22h. Et une fois tout rangé on allait piocher dans les décors des autres.
Vincent  : Et à un moment ça a plu et on a trouvé une production pour mettre de l’argent et c’était parti.
Patrick  : La deuxième année on a fait une date à Avignon et il y avait plein de prod’ et quand on est sorti on avait deux productions qui voulaient de nous.

• D’ailleurs pourquoi avoir changé le nom de « Les hommes se cachent pour
mentir » à « Mentir is not good » ?

Vincent  : C’est la production qui a demandé à changer le nom. Ils voulaient un truc court. Après c’est quand même moi qui l’ai soumis parce qu’ils nous proposaient des choses comme « Coin-Coin », des trucs comme ça… Mais il fallait que ça ait un rapport.
Patrick  : Moi j’avais pensé au « Dîner de cons » à la base…
Vincent  : Ils voulaient un truc qui sonnait plus parisien. Ça leur a convenu « Mentir is not good » parce qu’on le dit plusieurs fois dans la pièce. Il y avait déjà plus une logique. Mais je m’étais fait « iech » à trouver un bon titre.
Patrick  : Ça veut dire « chier », mais à l’envers.
Vincent  : Je suis moderne.

• Il y a combien de jeux de mots en tout dans tout le spectacle ? Lequel est votre
préféré ?

Vincent  : Je ne sais pas, jamais compté. Mais faut pas s’amuser à compter ! Moi parce que c’est le dernier que j’ai trouvé : « C’est une phrase que François a redit. » [Françoise Hardy]
Patrick : C’est mon préféré aussi.
Vincent  : « Benjamin Caste à dit, une phrase que François a redit. » [Benjamin Castaldi] Parce qu’il passe comme ça et qu’il vient surenchérir le premier jeu de mot. Mais sinon on aime bien la photo de famille aussi. [Il faudra venir voir le spectacle pour découvrir celui-ci !]

• Une anecdote particulière ou qui vous tient à cœur sur ce spectacle ?

Patrick  : Y en a une, mais je ne sais pas si on peut le dire… On a joué à Paris et il n’y avait vraiment pas beaucoup de réactions. Et ce n’est pas pour se la raconter mais on est rarement passé à côté. Et là à deux sur scène on était mort de rire, parce que vraiment il n’y avait pas une dedans.
Vincent : Mais on a dit tant pis, nous au moins on va se marrer.
Patrick  : Et il y avait juste une dame dans les premiers rangs, avec sa mère. Avec des grosses lunettes triples foyer. Et il y avait qu’elles qui se marraient fort.
Vincent : Fort et avec un rire bizarre. Donc on la voyait et ça nous faisait rire. Et quand on a joué la scène devant le téléphone de Patrick, là où il doit me montrer la photo de famille, en fait ce que je n’avais pas vu c’est qu’il l’a prise en photo. Et quand arrive le moment où il doit me montrer une photo de mon père plus tard dans la pièce, il a agrandi la photo de la dame et « tiens, le voilà ». Et moi je devais jouer mon texte normal. On pleurait de rire, les gens ne comprenaient pas.
Patrick  : Donc ceux qu’on n’arrivait pas à choper on les a définitivement perdus. Mais il n’y a jamais de faux fou rire, pré-écrits.
Vincent  : Il y a un endroit on a fait le tour de la salle en jouant aussi.
Patrick  : Après les anecdotes de tournée y a des racontables et des moins racontables…
Vincent  : Mais il n’y a pas eu trop de ratés.
Patrick  : Si, quand on a joué au Liban. Devant des scolaires, libanais, un matin. On avait l’impression de commencer une partie de Scrabble avec que des W.
Vincent  : Fallait qu’on parle plus fort qu’eux.
Patrick  : Au fond derrière de la salle il y en avait qui jouaient au ballon. Et y a un prof, qui pendant qu’on jouait, s’est levé, il est monté sur la scène, il nous a pris en photo. Et toujours pendant qu’on jouait depuis la scène il a pris en photo les élèves.

• Vous allez rejouez à Paris après la tournée ?

Vincent  : Pour le moment non, notre production ne nous refait pas jouer. Et nous on n’y pense pas non plus. On est à l’abri de rien, à moins que cette pièce on la ressorte parce qu’on a chopé une petite médiatisation ailleurs. Mais pour l’instant ce n’est pas prévu, on reste en tournée, on s’amuse bien et on est sur d’autres projets. Mais pourquoi pas la ressortir plus tard ou en faire un film !

• Que diriez-vous de votre spectacle pour donner envie à ceux qui ne l’ont pas encore vu ?

Vincent  : Si vous aimez la drogue, ce spectacle est pour vous.
Patrick  : Venez comme vous êtes, mais venez bourrés.
Vincent  : Mais c’est ce que dit Patrick souvent, si vous comprenez cette pièce ne prenez pas la route.

Ombeline B.