Moi Alfred Dreyfus : quand l’amour transcende le désespoir

Avant de me rendre à la Salle Vasse pour assister au seul en scène Moi, Alfred Dreyfus, j’ai ressenti le besoin de me rafraîchir la mémoire sur l’histoire de ce soldat. Si je me rappelais l’injustice dénoncée par Emile Zola dans son célèbre J’accuse, j’ai surtout réalisé que j’ignorais à peu près tout des tenants et des aboutissants de sa triste mésaventure. Accusé à tort de haute trahison envers la patrie, la vie d’Alfred Dreyfus a volé en éclats le 15 octobre 1894.

Cet homme, sensible et intègre, va connaître un véritable enfer de déshumanisation pendant 5 ans. Des images d’archives viennent rythmer le récit de ces 5 années de calvaire : on l’accuse sans réelles preuves, on le juge coupable à tort, on l’enferme, on le bat, on l’exile, on le ferre, on donne ordre que personne ne lui adresse la parole, on saisit son courrier, etc. Et, lorsque le vrai traître est découvert, on ne l’innocente même pas.

Sur scène, Joël Abadie incarne un Alfred Dreyfus en dents de scie, qui trouve la force de ne pas céder au désespoir grâce à la correspondance qu’il entretient avec sa chère et tendre épouse. Leur amour l’empêchera non seulement de céder au soulagement d’une mort prématurée mais apaisera aussi ses souffrances de voir son patriotisme et sa foi en la justice à ce point ébranlés. « Écris moi souvent, écris moi longuement », se promettaient Alfred et Lucie.

Dans l’intimité de leurs échanges, j’ai découvert un homme au grand cœur, qui se préoccupe qu’on veille à protéger la bonté d’âme de son fils malgré les circonstances. Un homme empathique qui sait faire preuve de détachement face aux réactions hostiles dont il a été victime, car accusé du plus grand de tous les crimes à ses propres yeux. Un homme courageux qui a su échapper à la folie car il ne s’est jamais trahi lui-même : ni sa conscience, ni ses valeurs. Un homme héroïque qui, après avoir été recondamné puis gracié et finalement réhabilité 12 ans après le début de l’Affaire, reprendra fièrement l’uniforme à l’aune de la Première Guerre Mondiale !

Après 1h20 de performance scénique, je suis ressortie admirative de tout le travail à l’origine de l’adaptation de cette histoire complexe. À la fois émue par l’engouement populaire et dégoûtée par l’omerta avec laquelle les pouvoirs publics ont tenté de camoufler leurs défaillances. Définitivement convaincue que la vie d’Alfred Dreyfus est digne d’un film.

Emilie Chazot