Nicolas Fabié, « Bon à rien mais prêt à tout »

C’est ma première fois à la Cie du Café-Théâtre, une petite cour en retrait de la rue avec une jolie « fontaine du rire », le café Marius et la petite salle où tout se passe.
Tellement cosy, j’ai même rencontré la star de la soirée à la billetterie et lui ai présenté brièvement le concept du blog des spectateurs.

Nicolas Fabié est un jeune humoriste nantais, qui a déjà quelques scènes à son actif. Il co-anime une scène ouverte de stand-up toutes les semaines au Dock Yard, le mercredi avec le West Side Comedy Club. Je l’ai découvert là bas et j’étais un peu sceptique.

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Ces soirées sont l’opportunité pour les humoristes de tester leurs « vannes », voir si ça prend au contact du public ou si c’est un bide. Pour la petite histoire, j’étais allée voir ce que donnaient les humoristes du moment. Nicolas aime beaucoup interpeller les gens, voire faire des commentaires sur le physique. Son tour arrive, il commence, sauf que cette fois, il a lancé une pique à une spectatrice qui n’avait pas la langue dans sa poche et le malaise a duré tout un sketch.

J’étais donc très curieuse de savoir ce dont il était capable en ayant la scène pour lui et avec plus de temps pour préparer un spectacle qui lui ressemble. J’ai même fait une investigation sur sa page Facebook, où les dossiers remontent à avril 2011, pour avoir des points de comparaison en terme d’évolution humoristique. Très riche source, en passant, vous pouvez aller y faire un tour : vidéos, citations, chroniques radios, photos, dédicaces et états d’âme.

Revenons à ce jeudi où je m’installe au deuxième rang, déjà repérée donc par monsieur Fabié, mon petit carnet à la main, mes lunettes sur le nez, à jouer la critique de théâtre.

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La lumière s’éteint et on voit débarquer un grand blond, Kévin Robin, qui vient « chauffer la salle » pour son acolyte en coulisses. Il pense qu’il ne faut pas arriver à un spectacle avec l’attente de rire, le rire vient de la surprise. Ses deux spécialités : l’autodérision et la sincérité, il a le don de faire rire sans en faire des tonnes, ce qui le rend très sympathique. Il nous parle de son histoire de Jacky 2.0, de Kéké... Ce prénom lui a valu de faire partie de la communauté des Kévin, qui vivent des discriminations quotidiennes !

Déjà, le public est taquin. Il y a toujours des spectateurs qui pensent être plus drôles que le gars (ou la fille) sur scène. Kévin laisse le plateau à Nicolas, dans une ambiance bien détendue.

Lumière tamisée, générique, on plonge dans une interview émotion de Nicolas sur Biffle FM. Il a traversé une période difficile, est descendu au plus bas... mais revient avec son spectacle « Bon à rien mais prêt à tout ».
La banane, le sourire, le « ça va BIIIEN » et le petit lancé de mèche de cheveux donnent le ton pour ce début de spectacle. On passe d’abord par son enfance qu’il imagine dans un lycée « Highschool », cliché américain, avant de redescendre sur terre, plus précisément au fin fond de la Bretagne. Il nous délivre son récit, entre les anecdotes sur la pratique des arts du cirque, ses amis adeptes du port de bermudas et son image de soi pas toujours mirobolante.

Tout le spectacle est traversé par cette autodérision, touchante et à laquelle on s’identifie tous un peu. Il nous parle des passages difficiles : l’acné de la puberté, l’impopularité à l’école, la recherche d’emploi infructueuse, les remises en question professionnelles par son entourage et bien sûr, les relations amoureuses chaotiques.

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Sur ce dernier sujet, il ose interroger les couples dans la salle sur leurs sujets de dispute. Je dis « ose », parce que c’est risqué mais courageux d’amener des personnes du public à livrer ce genre d’infos à toute une salle d’inconnus. Forcément, c’est la même chose quand un prof interroge des élèves en classe. Si tu ne veux pas être interrogé, tu évites au maximum son regard et tu essaie de faire comme si tu n’étais pas concerné. Donc plusieurs couples ont nié être ensemble pour s’en tirer et un couple a répondu en jouant le jeu. C’est là que l’interaction avec les spectateurs et l’improvisation donne un réel plus à un sketch. Il y a vraiment quelque chose qui se passe et on dépasse ce côté frontal de :

  • nous, bien installés dans le noir à attendre qu’il nous fasse rire
  • lui, en face du haut de son estrade à gesticuler et à nous raconter ses blagues à attendre d’entendre des rires

On n’est plus dans l’attente, on participe et on partage quelque chose avec nos voisins de siège.
D’ailleurs, pas mal de mes voisins étaient de notre génération, les 25-35 ans. On a ri ensemble de toutes les références télévisuelles de séries et films américains, des émissions comme C’est mon choix ou Faites entrer l’accusé.

Nicolas Fabié adore s’amuser avec les bandes sonores, les voix OFF inspirées de la téléréalité. Il agrémente ses sketchs de bruitages, d’effets comme dans des scènes de films...
La mise en scène est nickel et les jeux de lumière plutôt canons, ce qui est rare pour une salle de cette taille.
Au niveau textes, c’est assez déroutant. Je me suis poilée pendant quasiment tout le spectacle, même pour des jeux de mots un peu faciles, il arrive à nous entraîner dans la plupart de ses délires. C’est dommage parce que parfois, il tombe de nouveau dans un humour un peu limite, sur le physique particulièrement (poids, critères de beauté douteux...). J’espère qu’avec le temps, ces passages seront remplacés par des vannes bien mieux écrites comme il sait très bien les faire.

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Loin d’être bon à rien mais loin d’être sûr de soi, comme tout artiste, il a à cœur de se remettre en question et tant mieux. Par contre, on peut vraiment dire qu’il est prêt à tout. Figurez-vous qu’il s’est lancé dans un projet avec un youtubeur punk et psychopathe et un ancien magicien qui fait du stand-up et écrit des livres à propos de son lit.

Karine J.

  • Vous pouvez suivre les aventures de Nicolas Fabié, William Pilet et Mathieu Sommet sur la chaîne du créateur de SLG, ça s’appelle « Youtube Hero » et c’est juste là :
  • Si vous voulez connaître l’envers du décor de l’interaction en stand-up, Nicolas a fait un podcast intéressant sur le sujet (ça m’a rappelé un épisode évoqué plus tôt)