Notre crâne comme accessoire

La compagnie "les sans cou" était le 5 avril 2018 au Grand T pour cette pièce librement inspirée du "Théâtre ambulant Chopalovitch" de Lioubomir Simovitch et mise en scène par Igor Mendjisky.

En pleine seconde guerre mondiale la ville de Oujisté en Sibérie est occupée par l’armée nazie. La population vivant déjà dans une extrême précarité est terrorisée et à la merci de petits tirants autoritaires galvanisés par l’uniforme. Des bourreaux sont parmi eux et peuvent à tout moment passer du voisin serviable au tortionnaire sanglant.

Dans ce climat glaçant, une troupe de théâtre arrive en ville pour monter "les 3 petits cochons", conte hautement symbolique de cette période, à cause de l’adaptation jugée antisémite qu’en avait fait Walt Disney en 1933.
Pris en grippe par un Kapo, ils sont sommés de modifier la pièce pour y intégrer et diffuser une propagande absurde. Peur de la répression, atteinte à la liberté d’expression et de circulation, une population contrainte de jouer le jeu de l’occupant pour survivre, comment les artistes peuvent-ils agir ?

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Au centre de cette fable politique se tient toute la question du libre arbitre. Une écriture ingénieuse permet d’interpeller le public régulièrement et de rendre poreuse la frontière entre artistes et spectateurs, entre réalité et fiction.
On sort parfois de la narration pour que le personnage redevienne comédien et nous parle de personne à personne. Ainsi quand le kapo bat un personnage et que celui-ci sort de son rôle pour demander de l’aide, devons-nous intervenir ? Quand la violence est-elle supportable ? Quand est-elle jouée ?

Un inconfort qui questionne ce que nous sommes, nos décisions et notre pouvoir d’agir contre l’oppression. Par cette pièce l’actualité se rappelle à nous, la ZAD, les exilé.e.s, les cheminots... une bonne dose de courage pour poursuivre les luttes !

Caroline Huguin