Petit voyage entre mots et tango par Madame Gardel, "mère de", et femme avant tout !

Argentina. Du rouge, du noir. De la passion, de la séduction. Des petits pas, des va-et-vient. Une voix, qui a marqué l’histoire d’une danse, d’un chant , d’une culture tout entière : le tango.

Théâtre de la ruche. Du rouge, du noir. Une ambiance feutrée plus qu’appropriée pour cette plongée dans un univers musical, qui fait vibrer des millions de personnes à travers les époques.

Carlos Gardel a indéniablement suscité bien des émotions des deux côtés de l’Atlantique... Et pourtant ,son histoire est encore parsemée de mystères, plus de quatre-vingt ans après sa disparition tragique. Dans ce spectacle écrit par Ricardo Montserrat, Carol Delgado interprète Berthe, la mère de "Carlito", et nous dépeint leur parcours, et ce qui a fait de lui le GRAND du tango !

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L’histoire se situe donc à Toulouse, avant la migration vers Buenos Aires et les espoirs de vie nouvelle. Cette femme donne, par son récit, des racines à un homme qui ne semblait pas en avoir. Elle se présente jeune femme naïve, abusée et désabusée qui découvre son pouvoir sur les hommes. Elle en paie tristement le prix, elle qui de son modeste milieu d’origine, rêve à l’Amour, tout en candeur et déceptions.
Dans cet intime petit théâtre de la Ruche, nous nous retrouvons embarqués dans une aventure humaine, tanguera, entre chants et pas de danse en solitaire. La comédienne est en effet seule sur scène.

Et à vrai dire, pas facile de rentrer dans ce récit de vie, ou plutôt d’un tas de vies, qui correspondent à une époque, d’avant guerre, faite de bals et d’insouciance. Puis de migration et d’incertitudes. Une certaine distance se ressent entre la comédienne et son personnage. Par chance, les échanges de fin avec quelques spectateurs m’ont permis de confirmer cette sensation.

Cette pièce, à l’écriture "masculine", m’a semblé transpirer une ardeur étrangère, qui ne paraissait pas celle de notre héroïne. Cette mise en lumière d’une femme de l’ombre contenait quelque chose de trop "charnel". La mise en avant des formes et des charmes de cette jeune créature, ses mésaventures, et son futur de fille de joie et de tango, me laissait entrevoir en arrière-plan le regard du scénariste.

Pourtant, il s’agit bien de femmes de qui font vibrer, qui font aimer. Qui suscitent le désir. Querer, qui veut autant dire aimer que désirer... Pas de distinction dans la langue des hidalgos.

Gardel a ainsi grandi dans cet environnement passionné, agité. Entouré d’ouvriers, d’employé.e.s, de prostituées. Le petit peuple qui l’a hissé dans les hautes sphères, et accessoirement dans la mémoire immatérielle de l’humanité. Rendant par la même occasion populaire, un style noble et exigeant. Un destin tracé, à coup de désillusions et d’abandon. De renaissance et de reconnaissance.
Un moment en demi teinte, tout en nuances, comme peut l’être cet univers sud-américain.

Finalement, une bonne manière d’approcher la vida tanguera !?

Adeline