Poésie Parisienne

Des fauteuils qui grincent. Quelques bruits de pas sur une scène vide. Les lumières qui s’éteignent et des gorges qui se grattent. Ce sont les avants que j’aime le plus au théâtre. Ces quelques secondes d’attente dans un noir qui permet tout. On bouge une dernière fois. On croise les jambes et on s’affaisse encore.

C’est la voix off, en premier, qui me tire de mes pensées. Monotone, sans sentiment, sans expression. Presque fausse, diraient certains. Les comédiens, immobiles, plantent l’histoire de cet acteur un jour au sommet mais dont plus personne ne parle. Il paraît qu’en période de doutes, on revient à nos débuts, à nos premiers amours ; c’est la nostalgie qui prend le pas sur l’espérance. Le comédien oublié se tourne vers celui qui avait cru en lui. La pièce met en scène leurs retrouvailles.

Ça me fait peur, à moi, les retrouvailles. Ça me fait peur de voir ce temps qui passe sur l’autre et ces silences qui montrent ce qu’on a manqué. Ce n’est jamais aussi beau une seconde fois. Est-ce que c’est parce que je ne crois pas aux renaissances, aux histoires qui se rallument que je n’ai pas vraiment cru en celle que l’on jouait devant moi ?

Une mise en scène très belle mais un jeu retenu. Il n’y a pas d’expression, pas de pleurs, pas d’amour, à peine quelques cris de colère pour les années passées. Ils se retrouvent presque en silence, avec une lenteur nonchalante et une grande banalité. Moi, j’ai besoin d’émotions. L’art est pour moi l’expression de sentiments. J’ai besoin que ça frappe fort, que ça cogne, que ça bouscule et me remue. Et puis, si c’est lent, si vraiment ça doit l’être, alors il faut que ce soit beau.

Voilà ce qui rattrape la froideur des acteurs et la distance étonnante qu’ils ont avec l’histoire. Il faut fermer les yeux. Il faut oublier les rôles, les jeux, les gens et écouter le rythme, les mots, les voix. Il y a un texte très beau, des mots bien choisis, une poésie qui m’atteint et des sons qui me parlent. Il y a ces phrases parfaites qui élèvent le ton avec lequel elles sont dites et ce rythme musical qui entraîne, qui fait oublier le théâtre et sonne comme la musique. La répétition des sons, des phrases, des mots : on dirait un refrain, une de ces jolies mélodies qui restent en tête, pas parce qu’elles sont faciles mais parce qu’on choisit de les retenir.

Ça a le goût de Paris : une surface un peu grise, un peu triste, une distance qui éloigne et puis, au cœur, une poésie trop rare.
Et moi, je n’aime pas les retrouvailles. Non. Mais qu’est-ce que j’aime Paris.

Marie