Pourquoi viens-tu au théâtre ?

A quoi sert le théâtre ? Nous y sommes venus, parlons-en.
Etre ici ailleurs nulle part ?

Et lorsque l’on est une troupe de théâtre en 1941, en Serbie, que l’occupation nazie envahie villes, villages et esprits ?
C’est la question que pose le Théâtre ambulant de Chopalovitch, pièce écrite en 1985 dont s’inspire Igor Mendjinsky et chacun des membres de la Compagnie des Sans Cou pour dévoiler sur scène Notre crâne comme accessoire.

C’est la guerre, ça a pété.
Les comédiens sont là, prêt à transformer la place publique d’Oujitsé en scène de théâtre avec une adaptation du conte des trois petits cochons. C’est sans compter sur la terreur qui règne au cœur du village, l’atmosphère agonisante et hérissante, les émotions bouleversante et déroutante de Babich, Gina, Miloun, Victor et les autres. Des personnages qui détonnent, qui interpellent, qui questionnent : leur mal-être transpire et mon siège en devient inconfortable. Je sens les horreurs au bout du couloir. Ah nan juste là : voilà le broyeur, sanguinaire, ambigu, effrayant et acide.

C’est ce que je viens chercher au théâtre : être bouleversée. Je suis ainsi disponible et prête à recevoir. Je suis entrée au Grand T, j’ai récupéré ma place, j’ai monté les marches, rencontré un ouvreur puis une ouvreuse, choisi ma place, me suis installée, ai regardé mes voisins, observé les interactions, entendu des bribes de conversations, attendu que la lumière s’éteigne. Ce rituel me déconnecte de ma réalité pour me plonger dans celle des acteurs.

Et ce soir le théâtre danse avec la réalité, la réalité est entrainée dans le théâtre.

La force du théâtre ambulant est qu’il amène le théâtre où on ne l’attend pas. Il s’invite en bas de chez toi. Il est prêt à bousculer les habitants, à amener la vie là où règne la peur et la mort. Et pour ça, pas de rituel d’entrée.

Et pourquoi pas ?
Pourquoi la censure serait acceptable dans la douleur et la peine ?
Et si on revoyait nos priorités ?
Robert Filliou affirme “ L’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art. ”
Et s’il fallait être un artiste pour se considérer comme vivant ?
Créer pour,
Faire acte de résistance.
Écoutez donc divaguer Gilles Deleuze sur le sujet.

Clémence