Prêche rauque et sueurs acoustiques

La Barakason, Rezé, 1er Février 2020,
Alors que le jour est déjà tombé, je m’approche dans la pénombre d’un préau. Des personnes m’interpellent, et me demandent : « Tu veux une place ? Je te la fais à 10€ ... ». Non merci, je ne mange pas de ce pain là.
Je me présente au guichet. On me donne mon billet. Pas de vestiaire, dommage. Je conserve donc ma pelure aux creux de mes gandillons.
Avant leurs présentations express par la représentante de la Soufflerie, une dizaine de jours auparavant, je n’avais pas connaissance des formations se produisant ce soir. J’ai volontairement omis d’enquêter sur elles depuis. Seule la description m’ayant motivé m’est restée en tête « de la techno avec des instruments acoustiques ». J’éteins mon air pipe et entre ...

Louisahhh - (Facebook ; Soundcloud)

Notre première cliente est une chanteuse accompagnée de deux musiciens, un DJ et un batteur. Malgré ses élans de prêcheuse et ses instants de « growl » charmant, je dois le concéder, sa voix n’est pas tellement à ma feuille. La musique me semble plus forte, au sens porteuse d’émotions, que sa prestation vocale. Exception faite d’un morceau commençant par des genres de râles où elle déploie alors une sacrée intensité.
Je ressens aussi comme une difficulté du trio à habiter la scène. Peut-être est-elle due à sa position de première partie. Une bonne portion de la scène étant déjà occupée par des instruments en place pour notre client suivant.

Entracte
La salle s’est vidée. L’avantage de l’air pipe c’est qu’il n’y a pas besoin de sortir pour aller à la zone fumeur. J’en profite pour me mettre au plus près de la scène.
Alors que techniciens et musiciens changent le matériel sur scène, je décide de faire un origami de ma redingote et de la caler dans un coin. Mes nageoires me remercient déjà.
« Tu les as déjà vu jouer ? » c’est comme cela que le fan #1 de Cabaret Contemporain s’est présenté à moi. Revenu exprès de Dublin pour l’occasion, il tressaute à l’idée de les réentendre en live. Il m’explique les avoir découvert au festival Les 3 éléphants de Laval. On échange rapidement sur nos choix musicaux du moment : Russian Village Boys, Vitalic, Catastrophe, SEXY SUSHI, La Folle Journée, The Disruptives …
Chhuttt, ça reprend.

Cabaret Contemporain - (Site officiel)

Notre second client s’installe. De droite à gauche, une guitare, une contrebasse, une batterie, une autre contrebasse et un piano, et leurs musiciens idoines. De prime abord, tout semble académique.
« Tu vas voir c’est génial ! » Je ne demande que ça.
Le groupe commence à jouer. Des feuilles de plastique et des pinces à linge commencent à se glisser dans les contrebasses. Un cintre devient un triangle. Il y a de la patafix dans le piano ?
Le son est impressionnant tant il paraît électronique. Les musiciens sont habités.
Le fan #1 me guide entre les morceaux : « Là c’était du Jeff Mills, c’est un peu le papa de la techno. Leur version est folle. »
Je ne connais pas l’original, mais je confirme leur version est folle. Et la folie semble gagner la salle.
Les musiciens commencent à tous utiliser leurs instruments comme des percussions. Les cintres passent de triangle à archet. La guitare hérite de l’archet. Comme il n’y en a plus aucune, une règle est lancée dans le piano. Le batteur tape sur une chaîne. Les contrebasses sont entravées par des baguettes.
« Alors t’en pense quoi ? » me demande le fan #1, mon enthousiasme communicatif s’exprime : « C’est bien. »
Les morceaux sont hypnotiques et s’enchaînent avec justesse. Un des contrebassistes joue maintenant avec la résonance de son instrument en faisant glisser ses mains moites sur le vernis. Stupéfiant.
Déjà la fin. L’ovation est unanime et pas feinte. Les artistes semblent un peu éreintés par leur performance mais reviennent pour le bis traditionnel. C’est court. Déjà ils repartent.
Avec mes deux nouvelles meilleures amies pour les 2 minutes à venir, j’encourage avec ferveur un nouveau retour du groupe. En vain.

Pas de second bis, dommage. Je ressors mon air pipe et de la salle, et m’enfonce dans la nuit.

CTF