« Quand le voyant s’allume », la performance commence.

Jeudi 24 octobre 2019, le Lieu Unique propose une pièce saisissante, Retour à Reims. Mais on découvre vite que ce n’est pas qu’une simple pièce de théâtre.

Je dois bien l’avouer pour ce spectacle là je n’y suis pas allée à l’aveugle, me laissant surprendre le soir même. Mais parce que le titre me parlait j’ai fait quelques recherches sur la pièce. Les premiers mots qui en sont sortis annonçaient une soirée plutôt particulière, honte social, politique, gilets jaunes. Nous n’étions pourtant pas samedi. Mais tant pis, certains articles faisaient malgré tout l’éloge de la pièce et de la mise en scène de Thomas Ostermeier (La mouette, La Nuit des rois) ; alors même si on était loin des fous rires et du Vaudeville c’était l’occasion de découvrir une nouvelle forme de théâtre politique.

« Nous ne sommes pas au théâtre ! »

Voilà une des premières phrases de la pièce, le ton est vite posé. Et portant le décor est impressionnant, imposant. A la seconde où le public, très éclectique, pénètre dans le Grand Atelier du Lieu Unique on se retrouve plongé dans un studio d’enregistrement un peu vieillot mais feutré, presque apaisant.

Ce que je ne sais pas encore c’est qu’en deux heures de spectacle je vais voir une pièce, un film, un enregistrement de voix, une lecture publique d’un livre, un tournage, et un concert. Rien que ça !

Très vite je m’accroche au film qui se déroule sur le grand écran, portée par la voix d’Irène Jacob. Forte performance que de doubler le documentaire en nous faisant oublier qu’elle joue un rôle. C’est tout là le décalage de cette mise en scène, on se perd dans ce que l’on est venu voir et pourtant on s’accroche à cette histoire. Celle de Didier Eribon, auteur du livre Retour à Reims, que le personnage de Cédric Eeckhout veut mettre en image.

Les sujets s’enchaînent, le mélange social, l’homophobie, la famille, les portraits de vie. On oublie presque qu’ils sont trois sur scène tellement le monologue est intense. Et puis d’un seul coup tout bascule. On casse le quatrième mur, on assiste à une performance musicale de Blade Mc Alimbaye, qui réussit en plus à nous faire rire avec de la moquette.

Certes, le sujet de la pièce est fortement politisé, cette dernière fait lien avec notre actualité, et l’incertitude de notre avenir, mais malgré tout, toutes les histoires se recoupent ; celle du livre, celle du film, et celles des personnages. On assiste à une grande leçon de vie. Et quand les micros se coupent, autour de moi les gens sont partagés. Mon voisin est sous le charme, le groupe devant moi est dubitatif, mais globalement la mise en scène et la performance artistique a mis tout le monde d’accord.

Bien loin de l’inquiétude que je m’en étais fait, j’ai passé une excellente soirée, bousculée dans mes petites habitudes et impressionnée par ce qui s’est joué, tourné, chanté, et lu sur scène.

Ombeline Bellot