Que montrer pour être aimé ?

Le 12 mars 2018, le TU-Nantes présentait Trtff – What can I do to make you love me ? De Colyne Morange et la Stomach Company.

Le titre de ce spectacle ne se révèle pas facilement. Ce n’est qu’en lisant l’éclairage de Colyne Morange, l’autrice de cette pièce, que je comprends que Trtff, c’est Tartuffe sans les voyelles.
Colyne Morange aborde dans son Trtff la question de l’imposture dans notre monde actuel où l’image que l’on donne est si importante. Dans une société où le regard de l’autre est un diktat, une seule question se pose, que montrer pour être aimé ?

Pour lever le voile sur cette question, 6 personnes se présentent sur scène dans le seul but d’être évaluées. Chacune montrera ses qualités, ses atouts, ses aptitudes. Laquelle sera la meilleure ?
Alors qu’elles se relayent, surenchérissant les unes sur les autres, elles font la preuve qu’elles méritent d’être aimées. Humour, acrobatie, compétences linguistiques, tout y passe. Seul le meilleur est montré.

Pris au piège de cette démonstration, comme les autres, j’observe et, intérieurement, le choix de mon favori se précise. Dans le même temps, mon regard mais également celui de tout le public se durcit, le but est de déjouer les impostures. Sur scène, plus le temps passe et plus des doutes se font ressentir. Le malaise devient palpable. L’angoisse de ne pas être à la hauteur devient sensible dans tout le théâtre.

Que faire pour plaire à la salle ?
La pièce excelle dans le questionnement du public. Interrogé à plusieurs reprises, plus ou moins directement, le public explicitera ses attentes. Et finalement, lui aussi agira de manière à se faire aimer. Lui aussi doutera. Les nombreux détournements de regards et les rires gênés des spectateurs seront la preuve des doutes ressentis par les personnes installées dans les rangs. C’est aussi la preuve que la pièce fonctionne, que le questionnement est universel.

La force de ce Trtff, c’est de transposer les questionnements de la scène vers le public sans jamais contraindre ce dernier à intervenir. Pourtant une chose est certaine, personne ne repart sans s’être demandé au moins une fois, au cours du spectacle, ce qu’il pourrait faire pour être aimé.
Avec sa pièce, en m’emportant dans son jeu, Colyne Morange a gagné mon affection.

Karen L