Reste !

Une pièce de théâtre mélangée à de la danse, tout ce que j’aime... ça promet ! Mais justement, avec trop d’attente on prend le risque d’être déçu. Ne le sois pas !

Tout d’abord on a une salle, celle du TNT, petite, intime, confinée. Puis, on a ces personnages, elle, Isabelle, Elle est là, souriante comme si le seul fait que Lui soit la suffisait à éteindre toutes les peines du monde. Elle est là silencieuse, parlant avec son regard et ses gestes, on sent toute la force de son amour, ça la transperce, la traverse, l’enveloppe. Sois scotché !

Après Elle, il y a Lui, Eric. Il est là, avec son sourire benêt, celui qu’on a lorsqu’on est fou, fou d’amour. Au début, on peine à y croire, mais ça dure qu’un petit moment, il oscille, saute d’une humeur à une autre, d’un souvenir à un autre, comme celui qui revoit les moments de sa vie avant de partir. Il raconte tout, sa vie, celle d’Isabelle, ses sentiments, ses questionnements, sur la vie, toutes ces choses qui la font, ses événements. Je ne sais pas encore s’il y a une logique dans l’ordre où tout ça est raconté, mais on s’en fiche, on écoute, on regarde, on sent. Ressens !

La chanson de Bodyguard est une chanson de rupture ? Tant pis, tout ce qui importe c’est la bande son. La musique qu’il faut, quand il faut, chacune d’elles accentue le ressenti, elles sont au service de l’émotion des personnages, elles arrivent, se mélangent entre cris de désespoir et mouvements fins et délicats. Le seul petit bémol fut peut-être le son de transition entre les différents morceaux durant le retour en arrière. Les paroles enregistrées donnent une force, celle de quelque chose qui se répète encore et encore, dans le tourbillon de la folie. Écoute !

La folie justement, la folie d’amour, celle qui emprisonne et met dans une boîte, celle qui se regarde à travers un écran, celle faite de ce désespoir. On le voit, Lui, ici, dans ce cube, cette télé, entouré de cet écran. Il est là, seul, et semble essayer de communiquer, de parler à travers cette caméra, il essaie de s’expliquer, de se faire pardonner. Le cardage, les ombres montrent qu’il n’est plus vraiment lui, que la démence l’emporte. Souffre !

Et malgré tout ça, une pointe d’humour se dépose ici et la, à travers le récit, l’anecdote, l’attitude, le jeu. Ça apporte de la légèreté, une autre dimension, il vient parsemer la pièce, sans être lourd, le personnage en devient plus humain, plus comme nous. On change d’émotion, ce qui les atténue et en même temps les rend plus intenses. Ris !

Et enfin, le mouvement. La danse. L’opposition du jeu, agité, changeant et de ces gestes au rythme plus doux, plus affiné, plus gracieux. C’est le calme, la paix, l’insouciance de la mort. Tout est contrôlé, l’immobilité totale aussi est impressionnante, les pas qui jaillissent comme une... comment dire ? On est là, on regarde, tout est juste, rien ne manque, rien est en trop. Chaque geste fait passer un frisson, une stupéfaction, une émotion. Regarde !

Au final, aucune déception à l’horizon, la justesse de la pièce à su combler toutes attentes, elle ne s’étrangle pas, même si quelques passages sont un peu longs. On a qu’une seule envie après ça. Rester !

Marion