Rétrospective John Ford au Cinématographe

Retour sur l’âge d’or du cinéma Hollywoodien

De mi-décembre à mi-janvier se déroule une rétrospective sur John Ford, immense nom du cinéma Hollywoodien, et l’un des plus grands réalisateurs de la période classique. Tout le monde a déjà entendu parler de lui et de ses westerns, genre qui ne représente pourtant qu’une petite partie de son impressionnante filmographie. Réalisateur prolixe il compte parmi les plus productifs de son époque avec environ 145 films réalisés, dont un grand nombre ont aujourd’hui disparu (notamment les films muets de ses débuts).

Je participe pour la première fois à une rétrospective au Cinématographe et je ne suis pas déçue : un grand choix de films est proposé à plusieurs reprises pendant le mois, et une petite vidéo et un texte explicatif détaillé sur le site internet permettent de se faire une idée du large panel de propositions. La plupart sont de grands classiques comme « Les raisins de la colère » ou « La chevauchée fantastique », mais la sélection proposée permet de découvrir une bonne partie du travail réalisé par John Ford, dans sa très grande diversité et tout au long de sa carrière.

Mais ce qui m’a interpellé en tant que néophyte, ce sont les conférences proposées en début de cycle par différents intervenants spécialistes du sujet. Toutes gratuites, ces conférences permettent de venir découvrir les films de John Ford avec un certain nombre de clefs de compréhension, et surtout d’attiser la curiosité du spectateur et son sens critique. J’ai quant à moi participé à la présentation faite par Jérôme Baron, qui en un peu plus d’une heure nous transmet sa passion, émoustille notre curiosité et ouvre au public non averti un univers d’une délicieuse finesse. Grâce à une sélection d’extraits de films, on exerce son œil à déceler la beauté des scènes, la complexité de la composition ou encore la richesse du répertoire de scènes typiquement fordiennes, telles que le diner en famille, la grande frontalité ou la composition extrêmement travaillée de chaque plan.

Une fois cette mise en bouche agréablement digérée, je choisis 2 films, un en noir et blanc « Qu’elle était verte ma vallée » qui se déroule au Pays de Galles dans une mine de charbon, (bien loin des préoccupation habituelles de Ford), et « La prisonnière du désert », un western en couleur, considéré comme un de ses plus grands chefs d’œuvre du genre. Et je prends plaisir à me plonger dans cet univers sans aucun doute rétro, mais plein de charme et de poésie. Contrairement à mes craintes, découvrir un vieux film sur grand écran n’est pas du tout ennuyeux : confortablement installé dans son fauteuil, on retrouve les couleurs un peu jaunies, les scènes tellement proches du cinéma muet qu’elles pourraient presque se passer de parole, et les voix d’antan avec plaisir, un vrai voyage dans le temps !

Je joue donc le jeu proposé par Jérôme Baron lors de sa conférence de décortiquer le film au fur et à mesure qu’il se déroule sous nos yeux : Je découvre ainsi que Ford, cinéaste de l’Amérique, est avant tout le cinéaste des gens simples, des ouvriers, des pionniers, des indiens, des migrants, des personnages rustres et bourrus mais également dignes et tendres, et tous animés par un grand sens de la justice. A travers des sujets difficiles, tels que les relations interraciales, l’avancée de la civilisation au prix de grands sacrifices, ou encore la dure existence des mineurs au Pays de Galle au début du siècle, on retrouve toujours des moments de convivialité et de douceur fordienne : intimité d’une famille dans sa simplicité, évocation de valeurs éternelles, fraicheur, humour et pittoresque, qui sont autant de petites haltes, parenthèses nonchalantes qui participent à la grande beauté et à la spécificité de sa filmographie.

Considéré à raison comme le cinéaste des paysages grandioses et sauvages, il se montre tout aussi talentueux en intérieur où l’on retrouve son incroyable science du cadrage, et ses plans fixes, admirablement construits, qui font penser à des tableaux. Autant de techniques qui marquent profondément l’œil du spectateur attentif, et posent le cadre de la grande fresque du genre humain dépeinte par John Ford à travers tout son oeuvre.