Somos, du cirque humain et aérien

Quel bonheur de retrouver du cirque contemporain, qui en plus vient de Colombie, à Capellia ce vendredi 22 Mars.

L’histoire de la compagnie El Nucleo et de ses deux créateurs, Edward Aleman et Wilmer Marquez, est une jolie histoire. Originaires de Bogota, c’est dans la rue qu’ils se sont pris de passion pour le métier d’acrobate. Depuis quelques années, les deux circassiens vivent de leur métier et sillonnent les routes d’Europe. 

Pour leur spectacle Somos, ils ont invité quatre autres artistes (acrobates, danseurs, équilibristes..) qui viennent du même quartier de Bogota pour montrer, avec leurs corps, la force et la nécessité du collectif dans le monde actuel, comme ils l’expliquent : 

« Les questions de communautés sociales, d’appartenances ethniques ou religieuses agitent le monde d’aujourd’hui. Un monde éclaté où chacun tente d’affirmer voire revendiquer une identité, une légitimité d’existence. Un monde où le mot « liberté » ne veut pas dire la même chose selon que l’on soit né à Paris, Kaboul ou Bogota. L’acrobate, quant à lui, questionne de manière physique et frontale la relation à l’autre, la confiance, la complémentarité et métaphoriquement, la question du « vivre ensemble. »

Le spectacle commence en douceur, le décor est sobre : une scène nue, des projecteurs qui l’entourent, puis des matelas légers arrivent, qui seront à la fois décor et accessoire pour les acrobates. Au fur et à mesure, la scène se fait ring de boxe, arène, menaçante, défiante et réconfortante, comme un repère. À chaque fois que l’un des artistes fait un solo, ses partenaires sont autour de la scène, dans l’obscurité, et le regardent avec bienveillance.

Le rythme du spectacle va s’accélérer et osciller entre humour, acrobaties qui s’enchaînent à une cadence entraînante et des moments suspendus de poésie, de beauté, de subtilité. 

Parmi les figures qui m’ont marquées, il y a une scène où l’un des artistes arrive vêtu d’un tutu et va se jouer des codes de la danse classique avec les demies pointes, les mouvements, et d’un seul coup, une rupture : les circassiens se mettent à bouger sur une musique hip-hop et s’enchaîne une alternance de ces deux styles qui ont déclenché les rires des enfants.(majoritaires dans le public ce soir-là)

Ou cet autre moment très touchant où les six acrobates sont sur scène et commencent à nous "parler" en langue des signes. Voir comment la langue des signes va impulser le mouvement au reste de leurs corps, dans un silence qui nous a permis d’entendre la douce musique de leurs corps dans l’espace, de leurs pieds sur le sol. Une chorégraphie tout en poésie et légèreté.

Les musiques aux sonorités folks se prêtaient bien aux acrobaties et leur donnaient une autre couleur. 

Je vous conseille donc fortement d’aller découvrir la compagnie El Nucleo, à l’énergie débordante, qui nous rappelle que les circassiens sont aussi des chorégraphes de l’air, graciles, élégants, légers, et que la force du collectif, tout en respectant et en laissant de la place à l’individualité de chacun, peut nous mener haut, très haut.

CLP