STREET HEART

« Une p’tite pièce s’il vous plaît, une p’tite pièce pour m’acheter un ordinateur. Moi aussi j’aimerais regarder le dernier tuto’ beauté d’Enjoy Phoenix ! A vot’ bon coeur m’sieurs dames »

Pendant que les youtubeuses nous apprennent à mettre des chaussettes à l’endroit, les sans-abris, eux, commencent à se geler les orteils ...

Winter is coming et 88 % des maisons des bords de mer sont fermées à double tour. Pourquoi ne laisserait-on pas Nicolas et Julie, à la rue depuis 3ans, s’y installer le temps d’une saison ? Passer Noël sur un canapé en daim au lieu d’un banc public !

Exactement ce que dénonce Banksy, le Zorro de l’aérosol, dans sa nouvelle fresque murale à Birmingham. Deux rennes perchées au dessus d’un banc donnent l’illusion que celui-ci est traîné comme par magie. Sur le moment, il est occupé par Santa Ryan, sdf à la longue barbe grise ...

Parfois l’art est là pour sublimer la misère, et dans le meilleur des cas, éveiller les consciences.

Entre les murs du Piano’cktail, un vagabond nous entraîne, lui aussi, dans son refuge féerique. Sous les traits de Claire Ducreux, le personnage est un acrobate plein d’amour. Il nous plonge dans un conte urbain où les barrières de chantier se changent en pôles danse, un pont difforme se transforme en bateau vénitien et une statue de plâtre semble avoir le cœur qui bat.

Et pour de l’émotion à l’état pur 24 carats, le public est invité à devenir spec’acteur. Alors que l’improvisation est un défi qui semble risqué, ici elle semble légère et merveilleusement guidé par le clown underground.

Sans un mot mais cent gestes font de Réfugiée Poétique un éloge à la tendresse ! Un spectacle qui nous rappelle que de simples regards ou sourires suffisent à nous rendre universellement béat. Qu’importe l’environnent austère des bidonvilles, ou Chatelêt-les-halles.

Camille Heebie, stricte artiste