Suivre les morts : banquet d’avril

Mise en scène : Monique Hervouët - Jeudi 30 novembre à Onyx

La mise en scène d’une étude sociologique sur un sujet passionnant : non pas les morts, mais ce que font les vivants de leurs morts !

Suivre Les Morts est un spectacle étonnant pour son sujet mais aussi dans sa forme. Cette étude sociologique devenue une pièce de théâtre nous désarçonne dès les premiers moments. Le spectateur ne trouve pas tout de suite les personnages : devant lui, des acteurs-chercheurs qui lui parlent de leur questionnement. Ils boivent du café, manipulent leurs dossiers et racontent comment ils ont fait leur « terrain ».

Mais en guise de verbatim, par un jeu d’habillage et de déshabillage, les trois chercheurs deviennent tour à tour les personnes dont l’histoire constitue le matériel de l’étude. Karim Fatihi, Gilles Gelgon et Delphine Lamand jouent avec talents ces fils et filles d’immigrés racontant comment ils ont vécu le dernier voyage de leur père, leur mère ou leur frère, qui semble ne jamais se faire sans encombre. Le financement (par la famille ? par « l’association » de la communauté ?), le rapatriement du corps, si long pour les familles, le choc des cultures que provoquent les retrouvailles familiales autour du cercueil, la symbolique dans tous les choix relatifs aux obsèques.

Nous rencontrons également des professionnels du funéraire et du fret aérien, médecins, agents gestionnaires de collectivités, qui nous livrent leur expérience et nous informent sur les moyens techniques et juridiques mis au service des familles. Ils partagent avec nous les rituels, les situations cocasses et les tensions qui se créent dans le contexte d’obsèques transnationales.

Le dernier témoignage est celui-là même d’un mort. Le seul manquant, le plus émouvant.

J’ai été lentement et définitivement séduite par les acteurs mais aussi par le sujet traité. Nous pensons souvent à la mort de nos proches, à nos proches le jour de notre mort. Dans le cas du mort immigré, tout semble se jouer plus intensément encore. Et à l’inverse, l’immigration se donne à lire de manière différente par le prisme de ses morts. Hors de la grille de lecture communautarisme/intégration, plus large, plus ancrée dans le réel. Et ça fait du bien !

Charlotte B