Sur le fil

Après plusieurs jours de résidence, Doucha, sur scène, présentait son nouvel album. 1 h 15 d’une ambiance un peu jazz, parfois rock, supportant de jolis textes français.

Je triche un peu. D’ordinaire, on écoute un album, on découvre le concert et puis, on résume, on critique, on ressent et on écrit. Ou plutôt, on tente d’écrire.
Ecrire, c’est raconter. C’est difficile de raconter ce qu’il se passe sur un concert. Ça me paraît encore plus difficile que lorsque le concert s’arrête, il ne reste rien que des émotions, des ressentis un peu flous et des souvenirs subjectifs. Alors comment on écrit à partir de ça, à partir de ces vagues sensations qui ne demandent qu’à se faire la malle ?

Je triche un peu. Beaucoup même. Souvent, on raconte la musique sur des souvenirs de concert. On sort des émotions à vif, des flashs de mise en scène, des bouts de lumière, des restes de son, et puis, ça sort, brut et chaotique en quelques lignes d’article.

Je triche un peu. Moi, j’écoute l’album pour tenter de me souvenir. Passer et repasser les musiques pour démêler les émotions et écrire, ressortir, rendre compte. Rendre compte d’un concert sur le fil.

C’est moi, là, sur le fil. C’est moi, perdue entre les belles qualités de Doucha et mes émotions qui ne suivent pas. Je le dis tout bas, parce que je ne l’assume pas. On assume quand c’est mauvais. On assume quand ça ne plaît pas. On assume aussi quand ça ne touche pas. Mais ça n’a rien à voir.

Je ne l’assume pas car Doucha a tout pour plaire. Il y a ces sons un peu dingues, ces musiques qui ont le goût du bordel, ces textes qui emploient de beaux mots, cette poésie qui se fait rare dans le paysage musical et ces voix qui sonnent juste.
Il y a tout, je vous dis.
Et puis, après quatre jours de résidence, il y a les lumières, la mise en scène et l’harmonie. Voilà, il y a tout ça. Il y a la clarinette folle, la découverte de la scie, la contrebasse aux saveurs électriques, les invités surprises et les très beaux Nin, ou Carrousel Volant.

Il y a tout ça… Et pour tout ça, il y a l’album. Le bel album. J’ai écouté l’album après le concert. L’album m’aurait suffi. Pour le concert, il m’a manqué un peu plus de bordel, un peu plus de bruit, un peu plus de présence, peut-être,ou un peu d’alchimie.
C’est un feu d’artifice qui n’aurait pas de bouquet final. J’attendais l’explosion et je me suis sentie retenue. Je les ai trouvés retenus, eux aussi, les cinq musiciens de Doucha. Je les ai trouvés très bons, mais un peu scolaires, peut-être, un peu trop sous le coup, encore, de ces jours de résidence. Un spectacle scénique qui sentait les bons élèves.

Je triche un peu. J’ai quitté le concert avec un cd sous le bras, avec ce besoin d’écouter encore et me concentrer sur ce qu’il y a de beau, sur ce fil déroulé pendant ces neufs morceaux.

Marie