Sylvain Daniel, "Palimpseste" au Pannonica

Mercredi soir, direction le Pannonica, salle de jazz nantaise, pour applaudir Sylvain Daniel, bassiste, pour son projet « Palimpseste ». De prime abord, le jazz ne fait pas partie des styles musicaux qui m’attirent. J’ai plutôt en tête de la musique d’ascenseur, pas très folichonne. Mais il paraît que Sylvain Daniel a travaillé avec Camelia Jordana et Gaël Faye donc il se pourrait que sa musique me parle après tout.

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©Charlelie-Marange

Première chose : qu’est-ce qu’un palimpseste ? Wikipédia m’indique qu’« un palimpseste est un manuscrit constitué d’un parchemin déjà utilisé, dont on a fait disparaître les inscriptions pour pouvoir y écrire de nouveau ». Et c’est ce que Sylvain Daniel a voulu faire, mais pas sur un manuscrit, sur une ville entière : Détroit.
Les quatre musiciens (claviers, saxophone, batterie, basse) sont sur scène et des photos de la ville abandonnée sont projetées derrière eux. Ils jouent au cœur même de ces rues qui ont connu la naissance de la Motown et la grandeur du hip hop. C’est à toutes ces influences que Sylvain Daniel semble vouloir rendre hommage ce soir.

Après des débuts aux notes funky, le rythme s’accélère, des motifs sont répétés très rapidement, les images se transforment en kaléidoscope et on se rapproche de l’electro (on se croirait presque dans « Smack my bitch up » de Prodigy). Nous arrivons ensuite dans une église, le rythme ralentit et le saxophone semble pleurer, dans un chant déchirant. Le soleil se lève ensuite, les rythmes deviennent plus chaloupés, les sonorités sont plus chaudes. Nous prenons de la hauteur et arrivons sur les toits. La batterie se fait sèche, la mélodie est plus syncopée. La pulsation augmente, le clavier enchaîne les notes dissonantes et nous sommes dans un trip quasi-psychédélique. Nous redescendons en sous-sol, où une vieille TV diffuse un show des Chordettes, puis le clavier joue un motif guilleret, presque enfantin, devant des images de bureaux détruits, comme quittés en urgence sous le coup d’un bombardement. Le chant mélancolique du saxophone se calque dessus et on entendrait presque Frank Sinatra chanter. La batterie et la basse reprennent le lead et un certain optimisme envahit la salle alors que des portraits colorés s’affichent derrière les musiciens. Le rythme s’accélère à nouveau, c’est une ébullition, une explosion puis un retour à une ambiance brumeuse devant une maison recouverte d’immenses animaux en peluche délavés par le temps. Le show se termine sur une image de ciel bleu, où un avion passe. Je crois que j’aime le jazz.

*le spectacle de Sylvain Daniel était suivi d’un « After au Pannonica » par l’Atelier Musiques Actuelles du CRR. Les Musiciens en Cycles 3 et Cycles Spécialisés Musiques Actuelles Amplifiées du Conservatoire de Nantes ont proposé un set en hommage à la Motown de Détroit, à travers des artistes tels que : Jackson 5, Stevie Wonder, Marvin Gaye, The Platters, Diana Ross… Malheureusement, je n’ai pas pu rester pour y assister.

A. C.