Tambours et tropiques

Tony Allen, salle Paul Fort

Quoi de mieux, lorsque l’on ne connaît pas grand-chose à l’univers du jazz, que d’aller écouter un concert revenant aux racines de ce style, lorsqu’il est joué par une légende vivante de la batterie ?
C’est ce que le Pannonica nous a offert ce mercredi, et l’on en revient les oreilles ravies.

La soirée, organisée par le festival Tambours et Tropiques, s’est déroulée en deux temps : une conférence sur les percussions et tambours caribéens d’abord, puis le concert de Tony Allen. Nous entrons donc d’abord dans les sous-sols de la salle Paul Fort, où s’étaient réunis quelques musiciens du festival et un animateur. Le but de la conférence était de comprendre l’utilité première des percussions en Afrique, puis son détournement par les esclaves africains une fois débarqués aux Caraïbes. Il en résulte que chaque île possède une tradition similaire, avec des variations dépendant des aléas de la colonisation et de leur histoire. Chaque musicien passionné par son instrument nous le présente en détail. Ma préférence se tourne définitivement vers le « steel drum » de Trinidad, avec un son qui vous emporte immédiatement dans l’ambiance caribéenne. Le plus étonnant est qu’il s’agit de véritables bidons d’huile ou de pétrole, découpés, déformés et chromés !
Puis l’animateur enchaîne avec quelques vinyles de jazz où les différents instruments montrés auparavant se trouvent particulièrement mis en valeur. A l’issue de l’écoute commence des discussions pointues sur la classification des genres du jazz, discussions, où en tant que béotien, je ne comprends pas grand-chose. Mais les musiciens présents ne se laissent pas faire et entament un bœuf des plus agréables.
Il est déjà l’heure de vider nos bières et de retirer nos billets : nous nous installons dans une grande salle aux fauteuils confortables.

Apparaît alors le quatuor de la soirée avec un pianiste, un saxophoniste, un contre-bassiste et Tony Allen en personne à la batterie ! Après un premier morceau joué un peu fort et manquant d’harmonie à mon goût, les musiciens prennent leurs marques, s’écoutent et se passent la balle pour alterner des solos langoureux ou énergiques. J’entre, moi aussi, dans la magie du concert. Le pianiste m’impressionne particulièrement, notamment lorsqu’il vient à faire un solo en pinçant directement les cordes du piano dans le meuble. Entre deux morceaux, Tony Allen nous adresse quelques mots d’anglais avant de reprendre le concert : s’il maîtrise parfaitement son sujet, on peut tout de même regretter un petit manque d’énergie et de folie dans les solos batteries.
Mais il faut tout de même noter que l’artiste approche les 78 ans, et en connaissant son âge, la prestation est alors impressionnante ! Le public ne s’y trompe d’ailleurs pas et applaudit à tout rompre. Nous repartons la tête pleine de solos endiablés, heureux d’avoir découvert les différentes facettes du Panonnica.

Tanguy