Un air de fête

Hier soir, je disais à Jeanne que je n’avais pas encore écrit mon article de blog pour le spectacle de l’ONPL qu’on avait vu ensemble. C’est quand elle m’a répondu : « je suis contente de ne pas avoir à la faire, cette chronique ! » que j’ai compris qu’on avait un problème.

La dernière fois que je suis venue voir l’OPNL, c’était un soir de pluie, et j’étais seule. C’était pourtant en mars, mais la douceur n’y était pas. Ça sentait le mois de novembre et l’appel du plaid sur le canapé.

Je vais voir l’ONPL depuis des années, et souvent plusieurs fois dans chacune d’elles. Je l’ai souvent écrit sur le blog, et je crois même le dire à chaque fois, mais moi, qui ai pourtant un penchant prononcé pour le désordre – les trucs qui ne rentrent pas dans les clous – avec l’ONPL, j’aime assez bien les codes. J’ai appris le piano, en formation classique et les concerts de l’ONPL ont toujours eu pour moi le même goût que la madeleine de Proust et la douceur des souvenirs d’enfant.

Et puis, arrive ce mois de mars. Je suis crevée. C’est la première fois que je n’ai pas envie. Ce soir-là, tout m’agace. Je ne me sens plus à ma place. J’ai envie de dormir, j’ai envie de partir et à la sortie, je remets tout en question avec le sentiment de n’avoir plus rien à découvrir.

Le mois de mai arrive, la pluie ne passe pas et j’ai peur. J’ai peur de revenir. Alors j’emmène Jeanne. Elle vient sans la pression d’avoir une chronique à écrire et sans mes appréhensions à moi. Elle vient en ayant vu le film, et j’arrive en touriste, comme si j’avais tout à découvrir, une nouvelle fois.

Ça se passe le 15 mai, à la Cité des Congrès. Ce n’était pas à Cannes, mais en présence quand même du compositeur de la bande originale et du chef d’orchestre d’origine.

On arrive pile à l’heure et on n’est pas les seules. Dehors, ça fume encore, ça fait la queue au contrôle des sacs et devant la billetterie. Pourtant, la cloche sonne. Si je n’étais jamais venue, je trouverais ça habituel. Mais l’habitude, c’est plutôt de s’installer un bon quart d’heure avant, d’assister en silence aux accords des violons et de regarder l’heure avec un peu d’impatience.

On monte jusqu’au deuxième. Au passage, on s’étonne qu’il y ait tant de monde, et tant de différences dans ce monde. Ça aussi, ça n’a rien d’habituel. Parce que l’habitude, encore, c’est de ne croiser que des cheveux blancs. Je me détends. Je m’amuse de voir des baskets en toile aux pieds des fauteuils, des sacs en tissu fluo sur le dos des adultes ; des familles, des enfants, des bébés, des gens qui font du bruit et applaudissent quand ils le veulent.
Il règne un air de fête. On s’installe contre le mur, au deuxième balcon, avec cette sensation de toucher le ciel. Les violons ne s’accordent plus. Huit heures sont passées.

Je suis inquiète, parce que les films muets, moi, ça m’endort. Mais, il règne un air de fête. On s’assoit encore une fois le noir complet, on rit fort sans se soucier du bruit, on regarde un peu le film, un peu l’orchestre, un peu cette salle pleine et remplie de têtes nouvelles et un bébé de un mois prend même son biberon. Rien ne rappelle l’habituel. Si on tend l’oreille, on repère aussi que ça n’a rien de classique : ça swing, ça bouge, ça danse.

Et c’est ce qui me fait du bien : retrouver un peu le goût du désordre, des codes cassés, de la mixité qui manque parfois dans cette grande salle pleine de cheveux blancs. Et des rires surtout, des gens qui bougent et s’esclaffent. La vie, quoi !

Hier soir, Jeanne a dit : «  je suis contente de ne pas avoir à la faire, cette chronique ! » et je me dis qu’on a un vrai problème. Le vrai problème, c’est de ne pas savoir écrire sur des spectacles qu’on a aimés quand on pourrait s’étaler sur tout ce qui nous a déplu avant.

Quelques habitudes en moins, un peu de bazar et de bruit et c’est moi qui m’apaise.

Marie

Un remerciement particulier pour Ludovic BOURCE et Ernest VAN TIEL, pour leur bonne humeur, leur humour et leur chaleur contagieuse.