Un duo profondément humain

Portrait d’un duo composé d’un père et de sa fille abordant toutes les problématiques d’une vie de famille contrariée, l’oubli, l’absence, la colère, le détachement, l’impatience... Mais aussi celles des années où on se sent vivant : les souvenirs. Les propos au sujet de la perte d’un être cher sont très justes, d’une pudeur qui révèle l’indicible. L’alternance des différents tons donne du rythme à la pièce, de l’évocation de sujets graves au plus légers, en faisant le pont par l’humour. Et d’un humour, si on ne peut être hilare à chaque scène, qui a le mérite d’être universel et fédérateur, d’une simplicité propre aux situations de vie.

Les personnages passent de l’attaque à la tendresse, de la joie à la colère. Ce théâtre dévoile avant tout une palette d’émotions incarnées par des comédiens qui savent jongler entre une diversité de sentiments pour former un chaos d’humeurs délectable. C’est surtout ce que donne à voir cette pièce : de la vie, dans tous ses états. Avec ce père maladroit, cet homme touchant, qui peut nous rappeler quelqu’un qu’on a connu, d’un réalisme convaincant et d’un détachement très masculin. C’est un personnage qui ne joue pas, aux facettes multiples, d’une humanité profonde. Et en face, m’est apparu parfois comme un miroir, le reflet d’une contestation constante qui manque de recul, émotion propre à la jeunesse, qui peut faire sourire et questionner, même si ce jeu peut devenir assez fatiguant pour le public.

La chute, qui n’est pas annoncée avant la fin de la pièce, surprend les spectateurs. Elle trouve écho dans la complexité et l’humanité des personnages et dans l’ambiguïté des sujets évoqués pour donner un sens d’un niveau supérieur à la pièce : les valeurs, au-delà de la révolte, s’expriment aussi dans l’acceptation de l’autre et dans la bienveillance à son égard. La salle intimiste du Théâtre de Poche Graslin sert parfaitement cette pièce qui démêle et entremêle des émotions fortes et des non-dits en suspens pour créer une certaine proximité avec les comédiens.

Lola Lusteau