Un minimalisme envoûtant

L’opinion commune s’attache à réduire la musique minimaliste à une musique plate, répétitive et monotone. Ajouter à cela une salle excentrée et une représentation de pratiquement deux heures, ces éléments combinés pourraient venir à bout de la meilleure des volontés.

Contre toute attente, Rezé ville excentrée étonne finalement par sa proximité : reliée directement au centre ville de la métropole nantaise par tramway qui dépose en moins de 15 minutes le spectateur au pied de la salle, une accessibilité qui mérite de s’y attarder. Et la salle parlons-en : un accueil chaleureux alors que la tempête fait rage à l’extérieur, couplée à une acoustique sensationnelle qui permet alors une nouvelle tempête, celle des émotions provoquées à l’audition de cette performance artistique.

L’oeuvre de Julius Eastman, figure oubliée du minimalisme américain, mise à l’honneur par des pianistes de talents : Nicolas Horvath, Melaine Dalibert, Stephane Ginsburgh, Wilhem Latchoumia à la fois parfaitement coordonnés mais gardant chacun leur singularité. La musique, lorsqu’elle emplit la salle, emplit également le spectateur incité alors à fermer les yeux pour laisser son esprit voguer au rythme de celle ci. D’abord pénétrante et angoissante, l’auditeur est happé par la puissance d’une telle composition rappelant les déboires auquel le compositeur a été confronté toute sa vie durant, se faisant plus douce et caressante dans les derniers moments de chaque morceaux elle laisse au spectateur la possibilité de respirer mais également de prendre alors conscience de son vide intérieur. Il faut rappeler le mérite et l’endurance des pianistes jouant avec passion deux heures durant, pour un total de seulement trois morceaux, respectivement de 20, 30 et 55 minutes, que l’on ne voit pas passer tant on est envoûté par tant de beauté.

Une expérience acoustique et esthétique singulière à éprouver par soi-même, couplée à la chance d’apprécier à l’oreille le son d’une œuvre pour quatre pianos rend cette événement unique. Une expérience à découvrir prochainement au Lieu Unique le samedi 25 janvier à travers cette fois le pianiste Lubomyr Melnyk et sa musique minimaliste contemporaine lors de de l’événement Carte blanche au label Erased Tapes. Si vous êtes amateur de musique n’hésitez pas non plus à consulter le programme de la Soufflerie selon vos envies : http://www.lasoufflerie.org

Louis