Un phoenix, ça danse ?

Parfois les mots ne suffisent pas pour qualifier l’inqualifiable. De toutes façons, à quoi bon s’ils ne sont pas écoutés… Mais il faut que cela sorte, d’une façon ou d’une autre. Pour Andréa Bescond, cette porte de sortie a été la danse. Danser pour s’en sortir, puis danser pour s’épanouir et aujourd’hui danser pour nous dire. Oser prendre la parole et reprendre ainsi le contrôle de son histoire, celle d’une enfant blessée qui semble être parvenue à refermer ses cicatrices.

La pédophilie. Un mal difficiles à évoquer sans provoquer de malaise. Pour raconter son histoire personnelle à travers le personnage d’Odette, Andréa Bescond a pourtant su trouver les bons mots. Le ton juste entre ce qui doit être dit, ce qui peut être supporté par le spectateur et les respirations nécessaires entre les deux. On pleure au cours de ce spectacle, mais on y rit aussi beaucoup. Beaucoup plus même.

Une alchimie rendue possible grâce à une interprétation magistrale des différents personnages ayant jalonné son parcours. En fil rouge, une séance de thérapie familiale, qui permet de les rencontrer petit à petit en naviguant dans les souvenirs de la petite Odette. Un peu comme si on était assis sur la chaise vide du psy qu’elle consulte. Le seul élément de décor du spectacle, et le seul protagoniste qu’Andréa ne joue pas… Concernant les autres, chacun s’anime d’une façon qui lui est propre, la scène prends vie, fourmille et l’on finit par oublier qu’elle y est seule.

Autant d’occasion d’aborder d’autres problématiques importantes, telles que le traitement des victimes et la double-peine de la culpabilisation qui peut leur être infligé. Mais aussi la stigmatisation des jeunes de banlieue. La difficulté à porter plainte. A nouveau, elle parvient à être à la fois drôle et touchante à propos de ces sujets sensibles.

Par moments les souvenirs virent à la tempête, et c’est alors le langage du corps qui prends le relais des mots. S’en suis une danse désarticulée glaçante. Ce parti-pris s’inscrit dans une sobriété de la mise en scène, qui permet de se concentrer sur le propos et la performance de l’artiste.

« Les Chatouilles », c’est finalement autre chose qu’un spectacle traitant de façon brillante un thème difficile tel que la pédophilie. C’est l’histoire d’une résilience, l’histoire d’une personne qui montre que quelle que soit la nature des coups reçus et la dureté de la chute, il est possible de redéployer ses ailes et reprendre son envol. Un partage humain magnifique, dont on sort sonné.

David