Une bouffée d’oxygène au pays de Diogène

Théâtre-Universitaire, Nantes, 5 Février 2020,

Et la neige de tout recouvrir
La pièce dépeint l’irruption d’une enfant dans la vie d’une femme atteinte d’une forme extrême de syllogomanie, le syndrome de Diogène. Ce syndrome mêlant accumulations compulsives et négligences de son hygiène est la trame de fond de cette rencontre entre deux solitudes.

La Mise en Scène ( Marion Solange-Malenfant )
Alors que je m’installe, je réalise que la scène est à niveau avec le premier rang. Je distingue au premier plan comme des sacs cabas. La pièce débute, nous sommes plongés dans le noir alors que commence à s’entonner la lecture d’un procès verbal. Cette lecture d’un texte judiciaire pourtant laconique est, je trouve, une entrée en matière pertinente sur un état des lieux des conditions de vie d’une personne atteinte du syndrome.
Le décor est principalement découpé en trois espaces, le plus important et central étant la « mare de sacs » du premier plan. La gestion de l’espace qui m’a déconcerté au premier abord se révèle être un jeu intelligent avec la profondeur et les variations des zones utilisées. Petit détail, les sacs sont un peu « propres » et lors d’un passage décrivant la saleté et la puanteur de ceux-ci, j’ai ressenti d’autant plus comme une dissonance.

La Seule en Scène ( Coline Barraud )
L’actrice excelle à rendre le dialogue parcellaire d’introduction de l’enfant crédible et naturel, malgré les blancs à combler de la partie non-jouée. Sa performance chorégraphique avec les bombes aérosols, même si un peu violent pour certaines narines, est un moment autant étrange que marquant. Je pense longtemps me demander si « ça pue Bornéo ? ». Puis de la folie tout autant incarnée dans son costume en sacs et objets hétéroclites se dégageant de la mare, comme un mélange entre une déesse Aztèque et Mary Poppins.
Quelques rires parfois un peu malvenus dans la salle, sans doute à mettre au compte de la surprise ou du malaise. Ce qui ne perturbe heureusement en rien l’actrice qui reste parfaitement dans ses rôles, même à quelques centimètres du public.

La Mise en Lumière ( Vincent Chrétien )
« Ce moment dans le noir me parait un peu long, il permet cependant aux yeux de s’habituer à la semi-obscurité. » est la retranscription lisible de la première note que j’ai pris dans le noir au début de la pièce. A la fin de la pièce, à l’instant où le noir s’est refait et où personne ne savait plus si la pièce était terminée ou non, mon avis a changé.
Certes la lumière, ainsi que son absence, au long de la pièce sert la catalyse de l’attention aux bons endroits ou la suggestion d’éléments. Comme la symbolisation de tractopelles par un jeu de lumière très habile en est l’exemple. Cependant, après coup, j’y vois aussi une retranscription des états psychiques des protagonistes. Et l’instant de doute de la salle me conforte dans cette interprétation.

« Your order is not in order. »
Voilà, j’espère avoir fait sens de mon ressenti dans cette sorte d’anti-syllogisme. Ne pas avoir trop maladroitement accumulé les bribes. Et d’en dévoiler seulement un peu trop, pour vous donner envie d’aller voir la pièce !

Prochaines représentations : le 6 et 7 mars au Théâtre du Champ de Bataille, à Angers

CTF